#AntinucléairesVSclimat : « Le nucléaire est totalement hors délai », 2/2.

Première partie.

Thread initial :

On commence gentiment.

« Extraction de l’uranium, construction des centrales, gestion des déchets : la filière nucléaire émet aussi des gaz à effet de serre. »

D’une part, soyons clairs, personne ne prétend le contraire. Il suffit de voir la quantité de béton apparent d’une centrale nucléaire pour s’en douter.
D’ailleurs, dans le billet précédent, je parlais moi-même de remplacer du charbon par du « nucléaire à 50 grammes de CO2 par kilowattheure ».

Alors, le nucléaire émet des gaz à effet de serre, oui. Combien ? Là… Il y a deux grandes écoles : les antinucléaires ressortent régulièrement le nombre de 66 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure. Tandis que l’industrie française, mais aussi le GIEC, retiennent des Analyses de Cycle de Vie (ACV) à une dizaine de g/kWh. Entre 5 et 15, généralement 12 grammes.

Je vais aller chercher deux études pour cela. La première est celle systématiquement invoquée par les antinucléaires, celle de Sovacool et al. Et elle est accessible publiquement.
Cette étude, qui compile tout un tas d’études d’ACV du nucléaire dans le monde et en fait la moyenne (méthodologie discutable), aboutit donc à 66 g/kWh.
Mais c’est une pseudo-moyenne mondiale. Avec d’énormes disparités par pays. Je ne peux pas l’expliquer en détail, mais je peux l’illustrer par un exemple, l’enrichissement de l’uranium.
En France, jusque dans les années 2000 où l’on est passé à l’ultracentrifugation, l’enrichissement de l’uranium se faisait par un procédé que l’on appelle la « diffusion gazeuse ». On faisait ça à l’usine Eurodif, au Tricastin.

D’ailleurs, les tours aéroréfrigérantes que l’on voit surplomber la centrale du Tricastin depuis l’autoroute du soleil ou la LGV Sud-Est appartiennent à cette usine d’enrichissement, pas à la centrale nucléaire.

Notez, sur la photo précédente, la cheminée sur la gauche des tours aéroréfrigérantes. Cette cheminée et une ou les deux tours sont très souvent utilisés pour illustrer des centrales nucléaires, dans la presse française. Alors que l’on parle de deux des très rares tours aéro existantes en France qui ne soient pas rattachées à une centrale nucléaire ^^ ».

Une particularité de la diffusion gazeuse est qu’elles est EXTRÊMEMENT consommatrice d’énergie. Eurodif, qui produisait de l’uranium enrichi pour une centaine de réacteurs nucléaires en France et en Europe consommait à elle seule la production électrique de deux à trois des réacteurs du Tricastin, adjacents. Environ 2500-3000 MW pour l’usine d’enrichissement seule (depuis, avec l’ultracentrifugation, on est redescendus à 50-60 MW). 
Heureusement, 2500-3000 MW d’électricité nucléaire bas-carbone.

Mais dans un pays qui ferait de l’enrichissement avec de l’électricité majoritairement fossile (au hasard : USA, Russie, Pays-Bas, probablement aussi la Corée du Sud, le Royaume-Uni…), cet enrichissement serait fort émetteur de CO2.

Voilà un exemple qui illustre une possible explication des divergences dans les études.

Mais dans l’étude de Sovacool, qui s’intéresse au monde entier, est citée une étude s’intéressant au cas français (tableau 4 : Dones et al, 2003), et les valeurs d’intensité CO2 retenue par cette étude… cohérentes avec les 5 à 15 grammes par kWh défendus par l’industrie française ou retenus par le GIEC.
Valeurs qui montrent que le nucléaire peut être extrêmement bas-carbone.

Je signale que là, je conclus ce point en m’appuyant sur la source de référence des anti-nucléaires. Encore une fois, en analysant leurs arguments, ils se retournent contre eux…

Maintenant, une autre source que j’adore, une étude qui étudie l’impact environnemental (pas uniquement climatique) du cycle du nucléaire français.
Et elle aussi est accessible au public, bordel ! 😀

Cette étude, je lui consacrerai un thread et un billet dédiés, tant elle est géniale.

À noter qu’en raison de son âge (2014) et les dernières données auxquelles les auteurs ont eu accès, cette étude considère le cycle du nucléaire avec l’enrichissement par diffusion gazeuse.
Et elle aboutit à une valeur de 5.3 g/kWh, dont 1,7 grammes pour les mines, 0,6 pour l’enrichissement, 2,1 pour la (dé)construction des réacteurs, 0,4 pour le retraitement, et 0,1 pour la gestion des déchets.

Maintenant, petit rappel honnête : extraction des métaux (acier, aluminium, cuivre, métaux rares…), construction des centrales, gestion des déchets : toutes les filières énergétiques y ont recours, et donc émettent des gaz à effet de serre.
Rien n’égale les énergies fossiles, évidemment, mais l’éolien s’en retrouve au même niveau que le nucléaire (le GIEC retient 12 g/kWh). L’hydraulique aussi, parfois plus haut selon les sources.
Le photovoltaïque est quelque part entre 30 et 60 g/kWh. La biomasse, selon les cas, entre très bas et quelques centaines de grammes de CO2 par kWh.

Bien sûr, pour l’éolien et le solaire, on parle de production hors gestion de l’intermittence. Si l’intermittence est comblée par des batteries ou des centrales à gaz, il faut reconsidérer ces valeurs.

Bon. Maintenant qu’est atomisé le sophisme de la solution parfaite (non sourcé dans l’infographie, btw) sur les gaz à effet de serre du nucléaire, passons à la suite.

-6% d’électricité nucléaire produite dans le monde entre 2006 et 2017.

Let’s see.
Pourquoi 2006, pour commencer ?
Parce que c’est le maximum historique. Donc c’est ce qui permet de tirer le plus gros chiffre. En prenant 2005, on serait à -5%. Avec 2007, on serait à -4%.

Lien direct

Si on prend 2000 comme référence comme pour les données en haut à gauche de leur infographie, on est à +2%. Si on prend 2012, pour regarder l’évolution depuis l’après Fukushima-Daiichi, +7%.
Donc primo, le chiffre en lui-même ne vaut rien.

Deuxièmement, il faut regarder les causes de cette baisse. On va rester sur le référentiel 2006-2017, puisque c’est 2006 le maximum historique de production nucléaire mondial.
La variation, en valeur absolue, sur l’intervalle, elle est de -168 TWh. Qui fait baisser la tendance ?

Fukushima. Avant tout, Fukushima. 
La catastrophe de Fukushima-Daiichi a eu comme dommage collatéral de faire baisser la production nucléaire de 275 TWh au Japon et 91 TWh en Allemagne entre 2006 et 2017. Les seules autres baisses notables c’est Taiwan, avec -17 TWh (essentiellement à cause d’une mauvaise année 2017) et la France, -52 TWh, en raison d’une performance record du parc en 2005-2006 et peu glorieuse en 2016-2017.

Donc finalement, sans Fukushima qui a définitivement arrêté la moitié du parc japonais et temporairement arrêté l’autre moitié, et qui a donné un prétexte à l’Allemagne pour arrêter la moitié de son parc, l’autre moitié étant à suivre… Le nucléaire aurait progressé.

Fukushima n’a pas été une bonne chose pour l’industrie nucléaire mondiale, c’est un fait. Mais c’est un écueil dans une tendance positive, que ne reflète pas le chiffre avancé par le Réseau Sortir du Nucléaire

Il nous reste enfin à voir ce joli graphique intitulé :

« La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité n’a cessé de chuter »

Bon, on va balayer très vite le chiffre sur la part du nucléaire dans l’ÉNERGIE consommée.
Le nucléaire est un moyen de production électrique. Le comparer à toute l’énergie, donc au pétrole des transports, au gaz du chauffage, etc… C’est biaisé.
En plus, c’est s’exposer à un violent retour de flamme, puisque si le nucléaire représente, en 2017, 4,4% de l’énergie primaire consommée dans le monde, 596 Mtep sur 13511 Mtep d’après la banque de donnée BP (et non pas « moins de 2% », hou le mensonge…), l’hydroélectrique en représente 6,8%, à peine davantage. Et tous les autres renouvelables réunis représentent… 3,6%.

Donc si la conclusion sous-entendue par le Réseau Sortir du Nucléaire est « le nucléaire est négligeable », solaire et éolien le sont amplement davantage.

Donc le message, c’est quoi ?
« Rien ne peut faire face aux fossiles, abandonnons la lutte contre le dérèglement climatique ! » ?

Fail.

Ou soutien caché au charbon ou au gaz, allez savoir ? ¯\_(ツ)_/¯

Maintenant, si l’on se compare non plus à toute l’énergie mais par rapport à la production électrique…
Les chiffres du réseau SDN sont bons, cette fois, c’est déjà ça. Un max à 17,5% en 1996, pour moi, et 10,3% en 2017.

Mais dans l’absolu, la production nucléaire, elle a augmenté : 2407 TWh en 1996, 2635 TWh en 2017.

Tout simplement, elle a augmenté moins vite que la consommation électrique. Donc sa part baisse.
Évidemment, l’essor de la Chine, entre temps, y est pour beaucoup. Très beaucoup. Entre 1996 et 2017, la consommation électrique mondiale a augmenté de 11800 TWh. Dont 5400 rien que pour la Chine ! Et 1100 TWh pour l’Inde.

Conclusion logique ? On y revient : le nucléaire ne se développe pas assez vite (ah bon ?).

Et si l’on pense climat… Il faut donc développer le nucléaire beaucoup plus vite.
Merci @sdnfr pour votre bêtise qui soutient l’accélération du nucléaire ! ♥

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1 réflexion sur « #AntinucléairesVSclimat : « Le nucléaire est totalement hors délai », 2/2. »

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