#AntinucléairesVSclimat : « Face au danger climatique, multiplier les dangers nucléaires ? », 1/2.

Thread initial :

Bon, on va y aller tout doucement, en plusieurs fois, parce que c’est du très, très lourd, très, très dense. Comme du plutonium, et aussi toxique.

L’image est découpée en trois parties, alors je vais me contenter pour le moment de la première, la moitié haute.En plein centre : TCHERNOBYYYYL.

5 millions de personnes en zone contaminée

« En zone contaminée », ça ne veut rien dire. Des traces de retombées parfaitement inoffensives suffisent à parler de zone contaminée :
l’existence d’une contamination n’est pas un indicateur de risque.
Mais, soit, on ne peut nier que la légèreté des mesures de mitigation, et notamment les évacuations tardives et limitées, furent un énorme problème à Tchernobyl.
L’accident aurait été beaucoup moins grave avec une évacuation immédiate des zones à risque.

On a donc un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, et donc qu’on ne ferait plus, cf. Fukushima. Un point positif, au final, même si au prix fort.

Par contre, le million de décès, c’est une énorme approximation. Et j’hésite à parler d’entubage. 
Le dénombrement des victimes de #Tchernobyl fait l’objet d’énormes débats, les chiffres sont très nombreux et assez disparates.

Un peu comme les modèles climatiques, par exemple, et c’est la raison pour laquelle, côté climat, la référence prise est souvent le GIEC, qui compile la littérature scientifique mondiale pour en tirer des tendances d’ensemble.
C’est également le même travail que produit l’UNSCEAR (United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation), rattaché aux Nations Unies, sur l’étude des effets des expositions aux rayonnements ionisants.

Quelques chiffres issus de leur travail concernant Tchernobyl :
134 expositions à de fortes doses, conduisant à plusieurs dizaines de décès prématurés dans les premiers mois ou les années suivantes ;
530 000 personnes surveillées car ayant reçu des niveaux de radiation à risque stochastique (pas d’effets directs mais risque de contracter un cancer plus ou moins accru) ;
Près de 6 000 cas excédentaires de cancer de la thyroïde chez des enfants, nombre susceptible d’augmenter avec les années (évidemment de moins en moins). Cancer heureusement rarement mortel.

Personnellement, j’ai coutume de retenir, pour faire très simple et enveloppe de tout ça, « moins de 10 000 victimes », où victime n’est pas synonyme de « décès ». Ça permet de préserver l’ordre de grandeur de la gravité, sans minimiser l’événement, sans céder au drame démesuré.

Le million, alors, d’où vient-il ?

Ah, le soin porté aux choix de ses sources… Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait la Peur !

La source, ici, est une traduction d’un livre publié par trois sommités (sans ironie) scientifiques d’ex-URSS.
La traduction a été publiée par l’Académie des Sciences de New-York, mais pas en tant qu’étude revue par les pairs, nous explique la page Wikipédia dédiée au livre
Il s’agit donc bien d’un livre indépendant, pas d’une étude scientifique au sens habituel du terme.
Néanmoins, cinq revues de ce travail ont été effectuées depuis.

Si l’une salue le travail réalisé et appelle à une meilleure prise en compte des travaux des scientifiques de l’Est dans les études de l’Ouest, les quatre autres sont unanimes. Des méthodes aux conclusions, beaucoup de choses sont à revoir (en fait, elles ne sont pas si unanimes : elles ne sont pas tout à fait d’accord sur ce qui est le pire dans le travail réalisé ^^ »).

Si l’on est libre de mentionner cette source parmi d’autres, car tout n’est visiblement pas à jeter dedans et loin de là, en faire la seule référence parce qu’elle offre le plus grand nombre de morts possible est donc indiscutablement malhonnête.
C’est un peu comme se baser sur un livre d’Allègre pour causer climat, en contredisant tout en le négligeant le GIEC. Ça serait mal vu.

Au final, ce qu’expose le Réseau Sortir du Nucléaire est vraisemblablement plus loin de la vérité que d’affirmer, on le voit parfois, qu’il n’y aurait que 50 morts (le nombre de morts sur le coup).

On vient de faire le tour d’un élément de la première moitié d’une des images de l’infographie. Et c’est déjà long. Pfiou !
Mais continuons.

« Aucune autre source d’électricité, aucune autre technologie ne peut entraîner de telles conséquences qu’elles peuvent mettre en difficulté l’économie d’un pays entier »

Là, ça va aller très vite, car je pense qu’il n’y aura personne à convaincre : n’importe laquelle des énergies fossiles est susceptible de mettre en difficulté l’économie d’un pays entier dès lors que la ressource manque.
Que ce soit hier ou aujourd’hui, par des problèmes d’approvisionnement pour des raisons politiques ou économiques, ou, demain, pour des raisons de rareté de la ressource : que le gaz, le charbon ou le pétrole vienne à manquer, et l’économie prend très vite, très cher.
On pourrait aussi signaler qu’au-delà du seul aspect économique, les centaines de milliers de morts annuels du charbon dans le monde ont des conséquences terribles.

À ce sujet, une petite digression, ou j’essaye de mettre des ordres de grandeur sur les victimes de la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daiichi. Et surtout, sur le nombre de victimes du charbon qui est venu en remplacement d’une partie du parc nucléaire nippon.

Ce thread a ses défauts, mais il remet un peu de perspective néanmoins : même à choisir entre du nucléaire et un accident, ou pas de nucléaire et davantage de fossiles, le choix n’est pas aussi évident qu’il en a l’air.
D’ailleurs, deux pays très engagés dans l’accroissement de la part du nucléaire dans le mix électrique sont… le Japon, qui veut vite redémarrer son parc, et l’Ukraine, qui souffre de sa dépendance au gaz russe.

Revenons à nos antinucléaires français.

Je pourrais parler des conséquences sur l’économie et bien d’autres choses du dérèglement climatique, vraisemblablement bien pire qu’un accident nucléaire pour de nombreux pays, mais… Je me garde ça pour plus tard.

Du coup, on passe à la suite :

« 6 millions de français à moins de 30 km d’une centrale »

Est-ce vrai ?
Pour commencer, j’aimerais souligner la beauté de la source : « Nature, 2011 ». Va retrouver quoi que ce soit à partir de ça.
Mais j’ai fait mes recherches, et j’ai trouvé des sources qui valident à peu près ce nombre. J’ai trouvé 7 millions, mais en comptant les voisins outre-frontières, donc on doit à peu près s’y retrouver.

Est-ce pertinent ?
Et bien… Pas vraiment. Tout au plus peut-on en déduire que 6 millions de personnes sont concernées par « le risque nucléaire » (en omettant les autres installations nucléaires : usines du cycle, recherche, entreposage ou stockage de déchets, militaire…).
Mais un accident toucherait sa population avoisinante, et non pas 6 millions de français. La centrale affichant la plus forte densité de population dans son voisinage (30 km) est la centrale du Bugey, avec 1,3 millions de français et étrangers aux alentours.
Ensuite, la pertinence du critère de 30 km est discutable : en France, les Plans Particulier d’Intervention sont dimensionnés à 10 km, en transition vers 20 km, et ce n’est pas sans raison.
30 km correspond à la distance maximale à laquelle des évacuations ont eu lieu à Fukushima, ce qui ne veut pas dire que tout le monde dans un rayon de 30 km a été évacué.
Il faut donc y voir une « limite haute » du nombre de personnes concernées. D’autant plus « limite » qu’à Fukushima, les rejets de radioéléments n’ont pas pu être filtrés avant envoi dans l’atmosphère, alors qu’ils le seraient en France, les installations étant équipées pour.

Est-ce une exclusivité nucléaire ?
De l’ordre de 1,3 million de français exposées à un accident industriel ?
Le barrage de Vouglans, très en vogue chez les antinucléaires en ce moment est susceptible de noyer une bonne partie de l’agglomération de Lyon, et donc concerne une large partie des 2,3 millions d’habitants de l’air urbaine lyonnaise.
Par ailleurs, diverses Installations Classées pour la Protection de l’Environnement, et sites Seveso, sont également susceptibles, en cas d’accident, de libérer de larges quantités de produits toxiques et d’exposer la population à des substances plus ou moins nuisibles (pensez donc à Bhopal…) selon un mode de propagation semblable à celui d’un accident nucléaire.
Concernant Vouglans et les risques nucléaires et chimiques de la vallée du Rhône, je vous recommande cet excellent thread :

« Coût de l’accident : 760 milliards d’euros selon l’IRSN »

Ce chiffre provient d’une étude de l’IRSN de 2007, portant sur « le plus extrême des accidents majeurs ».
Connaissant un peu l’IRSN, en lisant ça, j’imagine une fusion totale inexpliquée du cœur et rupture de l’enceinte de confinement permettant des rejets énormes, non filtrés, et précoces (-> peu de décroissance avant rejet).

Cette étude a été refaite en 2014, cette fois en supposant un « accident majeur représentatif ». C’est-à-dire qu’on n’étudie plus le pire physiquement atteignable, mais le pire éventuellement envisageable.
On descend à 430 milliards d’euros de conséquences économiques pour l’accident majeur (par opposition à « grave ») considéré par l’IRSN.
La nuance est donnée très clairement :

« Par convention de langage, l’accident dit « grave » comporte des rejets radioactifs importants, mais différés et partiellement filtrés, alors que l’accident dit « majeur » provoque des rejets massifs non filtrés. »

IRSN

Donc oui, si ce n’était pas clair : le Réseau Sortir du Nucléaire a préféré remonter à une étude de 2007, parce que celle de 2014, jugée plus représentative par ses auteurs, était jugée insatisfaisante par nos antinucs. Pas mal, hein ?

Bon, puisque j’y suis… L’IRSN expose le détail de ce nombre de 430.

En gros, 60 milliards d’euros d’impact radiologique, 110 milliards pour la perte de territoires contaminés, 90 milliards d’impact sur le parc nucléaire.

Et puis 170 milliards (40% du total !) de « coûts d’image » !
Les coûts d’image intègrent des pertes économiques diverses : non-vente de denrées ou biens de consommation pourtant sains, suite à un boycott, effets sur le tourisme, sur les exportations…
À mes yeux, ce sont des coûts qui sont imputables à la désinformation pratiquée par les vendeurs de peur. Je balance juste ça comme ça.

Maintenant, une nuance apportée par l’IRSN : « ces évaluations très élevées du coût d’un accident nucléaire sont à mettre en regard de probabilités très faibles d’occurrence de tels évènements ».
C’est le principe de l’évaluation des risques : plus les conséquences d’un événement sont graves, plus sa probabilité d’occurrence doit être réduite.

Et là, on parle d’un accident MAJEUR.
L’accident majeur à 430 milliards, tout est mis en œuvre pour qu’il soit proche d’être exclu. Établir un scénario qui aboutirait à un tel événement me semble bien requérir d’imposer un « ta gueule c’est magique » à quelques reprises.

Bref : Sortir du Nucléaire ne cherche évidemment pas à informer, une fois de plus, ni expliquer, ni sensibiliser : faire peur, et c’est tout.

Et pourtant… Ironiquement…
N’est-ce pas finalement un peu rassurant de voir que même pour eux, ce qui fait peur en cas d’accident nucléaire ultime, c’est l’impact économique ?

Bon. Dernière ligne droite : Fukushima-Daiichi.

Bonne nouvelle, les chiffres sont corrects ! À noter que 160 000, c’est le nombre d’évacués sur le coup, la moitié environ est rentrée depuis. Mais c’est quand même un bon nombre.

Et si des catastrophes non-nucléaires (climatiques, par exemple) ont déjà provoqué des évacuations pires que cela, ce ne sont jamais des évacuations durables, alors que là, indeed

Qui plus est, le nombre de personnes déplacées est indéniablement un indicateur pertinent, car les évacuations liées à l’accident de Fukushima-Daiichi sont la principale conséquence de l’accident sur les populations, en l’absence de conséquence sanitaire significative.

Par contre, la superficie contaminée n’est par pertinente, car la présence d’une contamination n’est pas un indicateur de risque : techniquement, le monde entier est contaminé par les retombées des essais nucléaires atmosphériques (on reboucle sur le début de cet article, là).
Plus simplement, les substances radioactives sont omniprésentes dans l’environnement du fait de la simple radioactivité naturelle (tellurique, cosmique…).
En pratique, dans l’étude de l’IRSN qu’on évoquait juste avant, les évacuations sont considérées à partir de 500 kBq/m² de contamination en Césium 137. 
Alors que les « 8% », c’est la superficie contaminée… À 10 kBq/m² ou plus !

Ce qui serait plus pertinent pour évaluer le risque serait la nécessité d’évacuer ou non – on en revient à l’autre nombre indiqué, seul ici ayant un intérêt. 

Enfin, le meilleur : 160 000 déplacés, est-ce inédit ?
Dans l’absolu : non. Suffit de penser aux guerres. 
Et en dehors de ça, sur des évacuations de courtes durées, ce n’est pas inédit non plus. Par exemple les évacuations avant un ouragan aux USA.
Autre exemple, lié au secteur de l’électricité cette fois : début 2017, 188 000 personnes avaient été évacuées quelques jours en Californie en raison d’un risque de débordement d’un barrage et d’inondation.

Cependant, une évacuation de plusieurs années d’une telle ampleur est probablement unique à ce jour.

Mais… Y’a un mais. Et on va finir en parlant climat, comme promis plus haut. 

Et ça devient amusant. Humour noir, par contre.
Le rapport SR15 du GIEC (celui publié fin 2018 sur le maintien sous 1,5 °C du réchauffement planétaire) mentionne qu’un réchauffement climatique global de 1,5 °C au lieu de 2 °C peut réduire de 10 millions le nombre de personnes exposées au problème de montée des eaux.

DIX FUCKING MILLIONS. 

Juste pour la montée des eaux, j’vous parle pas de désertification, de crises alimentaires, de pénuries d’eau !
Et comment l’obtenir, cette limitation à 1,5 °C ? Entre autres, elle requiert un recours accru… au nucléaire.
Lourdement accru.
Pas QUE à ça, évidemment. Mais à ça quand même.

Les risques nucléaires soulignés par les écologistes vous inquiètent ? Alors soyez rationnels, et… 

…Soutenez le développement nucléaire. Car les risques, quand ils ne sont pas déformés avec malhonnêteté, restent modestes devant le dérèglement climatique.
On est face à un risque MAJEUR, à la probabilité d’occurrence proche de 100%, global, multi-générationnel.
Faire la fine bouche pour des risques à la probabilité d’occurrence quasiment nulle, locaux, limités dans le temps

No way. Vous ne l’assumerez pas devant vos petits enfants.
Enterrez les « Sortir du Nucléaire », et tous les discours antinucs des membres de ce réseau. Laissez couler les écologistes politiques de l’ancien temps.

Forcez les Greenpeace, Réseau Action Climat, Fondation Nicolas Hulot, France Nature Environnement, France Insoumise, à abandonner leurs dogmes pour penser à l’urgence climatique. 

S’ils n’en sont capables, lâchez les aussi.

Si vous marchez pour le climat, marchez. Et laissez derrière les cadavres de ces politiques de l’ancien monde.

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2 réflexions sur « #AntinucléairesVSclimat : « Face au danger climatique, multiplier les dangers nucléaires ? », 1/2. »

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