#AntinucléairesVSclimat : « Face au danger climatique, multiplier les dangers nucléaires ? », 2/2.

Première partie.

Thread initial :

On se remet l’image complète juste là, on s’est déjà payés la première moitié, attaquons la deuxième.

« 300 000 tonnes de combustibles nucléaires usés accumulées dans le monde »

Vrai ? Et bien… Je n’en sais rien.
Je ne sais pas si on parle de tonnage sur la balance, de tonnage en métal lourd, de tonnage avec les conteneurs… Y’a pas grand chose à tirer de ce nombre, en fait. Alors je ne vais pas chercher à savoir s’il est vrai.
Je vais simplement rappeler que ce sont des déchets solides, sagement entreposés sans difficulté particulière en attendant une solution de stockage (ie. définitive) fiable.

Et on va admettre cette masse de 300 000 tonnes et la relativiser un peu :
C’est environ 10% de la masse de dioxyde de carbone rejetée directement dans l’atmosphère en 2017.



Par l’Islande.

60 ans de déchets nucléaires mondiaux, c’est la même masse que 36 jours de CO2 en Islande.

C’est aussi la masse de 5 minutes d’émissions mondiales de CO2 en 2017 (à noter que je ne parle QUE de CO2, et pas de l’ensemble des gaz à effet de serre).
Huit heures d’émissions de CO2 françaises.

300 000 tonnes dans le monde : ce n’est rien.

L’enfouissement, à présent : un fiasco, qu’ils nous disent, en Allemagne et aux USA.

J’ai cru qu’on allait pouvoir écarter très vite le sujet USA, en disant qu’il y’a eu des incidents, sans gravité, et après quelques années d’arrêt du stockage, les activités de celui-ci ont repris.
Mais en faisant des recherches, je me suis rendu compte que nos amis de Sortir du Nucléaire avaientt quand même réussi à dire n’importe quoi en parlant d’incendie.
Le site de WIPP, aux USA, a, en effet, subi un incendie d’un camion de transport de sel (le site étant aménagé dans des cavités creusées dans le sel).
Ceci a eu lieu dans une zone du site dédiée à des expérimentations et des recherches,en l’absence de tout déchet radioactif. Aucune contamination, aucun rejet radioactif donc, juste des fumées normales de camion qui brûle.
Six travailleurs ont été d’ailleurs hospitalisés en raison de l’inhalation de fumées, mais ont pu quitter l’hôpital le lendemain.
Incident mineur, donc.

Et, dix jours plus tard, dans une autre section du WIPP qui, elle, abritait des déchets, il y a eu un accident d’endommagement d’un colis et de relâchement de radioactivité, d’émetteurs alpha, spécifiquement.
Cet événement là, sans aucun lien avec l’incendie, a effectivement valu une faible contamination interne à 21 employés.
En dehors de ces personnes, les doses modélisées de manière pénalisante sont de 100 µSv max sur site, 10 µSv max hors site.
10 µSv, c’est le centième de la dose maximale admissible pour le public en France pour les activités industrielles. Et cette dose maximale est d’un facteur 100 inférieure aux doses que l’on sait représenter un potentiel danger (les marges raisonnables, tout ça).
100 µSv, c’est 5 millièmes de la dose maximale annuelle admissible pour les travailleurs « catégorie A » exposés à la radioactivité en France.

Bref, du point de vue des conséquences hors site, c’est nada, et pour les 21 contaminés, les niveaux de contamination inquiètent peu et ils seront de toute manière très surveillés.

On parle donc là d’un accident assez mesuré finalement – d’ailleurs, s’il a certes fallu 3 ans pour nettoyer la contamination d’une galerie, les activités de stockage ont depuis plus d’un an repris au WIPP.

L’Allemagne et la mine d’Asse, à présent… J’avoue moins connaître le sujet.
Mais Asse illustre tout ce que n’est pas Cigéo :
stabilité géologique déjà compromise à l’aube du projet ;
mine de sel réaffectée plutôt que site prévu et conçu pour le stockage ;
infiltrations d’eau alors que le seul avantage du sel aurait du être la protection contre l’eau ;
déchets entassés sans plus de subtilité, parfois littéralement balancés en vrac.

J’ignore si elle est authentique, mais cette image revient très souvent à propos de la mine d’Asse. Si elle est bonne, ça donne le ton. On la trouve par exemple dans un dossier du journal allemand Der Spiegel consacré à Asse :

Par ailleurs, le stockage y a commencé en 1965, peu avant que nous ne commençions à stocker nos déchets au Centre de Stockage de la Manche, lequel ne pose pas un millième des problèmes d’Asse.
Donc déjà un peu d’avance de la façon de faire « à la française » dans les années 60, qui ne peut que s’être accrue depuis – entre autres grâce au retour d’expérience d’Asse.

Centre de Stockage de la Manche en cours de fermeture

L’Allemagne nous offre, une fois n’est pas coutume concernant le nucléaire, un très bon exemple… De ce qui ne sera plus fait avec les déchets radioactifs.

Quelques rappels sur le concept de Cigéo et ses multi-barrières de confinement :

Et puis, tout simplement, un dernier tacle avant de passer à la suite… Le Réseau Sortir du Nucléaire parle de combustible usé, puis de deux sites de stockage où il n’est pas question de combustible usé (ni brut, ni retraité).

Bon, on ne va pas faire le tour de tout le sujet des déchets, on voit assez bien qu’ils l’ont bâclé, et vous avez mis plus de temps à lire ce que j’en dis qu’eux à l’écrire, à mon avis. Et j’vous parle pas du temps que moi j’viens d’y gâcher.
Reste la dernière partie de l’image. J’débats peu du nucléaire militaire, en général, alors on va aller très vite.

La citation d’Al Gore : bon gros cherry picking, on ne sait pas de quoi il parle, de quand, du contexte, du rapport avec son prix Nobel (argument d’autorité en rab), bref, fallacieux au possible.

Mais puisque ça parle de prolifération, j’ai été jeter un œil au traité de non prolifération. D’une part, sur ses non signataires : Inde, Pakistan, Israël. Et Soudan du Sud, mais… Bon. Pas un gros sujet, le Soudan du Sud et le nucléaire.

Côté Inde, le lien entre nucléaire civil et militaire est assez évident, au vu de leur goût pour les réacteurs à eau lourde, très bon producteurs de plutonium de qualité militaire.
Pakistan, c’est moins vrai, avec essentiellement des REP, mais, il est vrai, un réacteur à eau lourde aussi mis en service en 1971, donc un possible problème d’interférences civil/militaire.
Par contre, Israël, un seul réacteur et purement militaire. Donc trois exemples de problèmes liés à la prolifération, dont un met en tort les affirmations d’Al Gore, quel dommage !

Plus amusant encore, j’ai été jeter un œil au traité de non-prolifération. Sur lequel s’asseoit @sdnfr, puisqu’on y lit à la première page que les signataires approuvent…

« The principle that the benefits of peaceful applications of nuclear technology, including any technological by-products which may be derived by nuclear-weapon States from the developement of nuclear explosive devices should be available for peaceful purposes to all Parties to the Treaty, whether nuclear-weapon or non-nuclaire weapon States »

Pour les non-anglophones : est approuvé le principe que les applications pacifiques du nucléaire, y compris les dérivés du développement des armes, devraient être accessibles à toutes les parties du traité pour des usages pacifiques.

D’où le fait que Sortir du Nucléaire s’assoie sur ce traité.

Pour finir, à propos de l’encadré de gauche :
C’est justement le rôle du nucléaire militaire que de prévenir l’occurrence d’une guerre nucléaire. Je ne vous fait pas l’affront de vous exposer le principe de dissuasion que vous avez du apprendre au collège/lycée, vous.
« Sécheresse, désertification […] », etc., sont de très bonne raison de lutter contre le dérèglement climatique. Donc de recourir, entre autres, au nucléaire.

On termine donc ce thread comme le précédent : avec le Réseau Sortir du Nucléaire qui expose des risques qui conduisent logiquement à pousser un développement accru du nucléaire. Le risque d’un dérèglement climatique majeur.

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