Déchets #3 Greenpeace révèle la carte des déchets radioactifs

Disclaimer :
Ce thread / cet article s’apparente à un débunk d’une publication de Greenpeace France, notamment reprise dans un article du Parisien servant de support à ce décorticage. Retrouvez l’article du Parisien ici. Malgré quelques erreurs dans ce dernier, ce n’est pas l’article que je dénonce, mais le discours tenu par Greenpeace et les pseudo-révélations dont ils se targuent. L’article du Parisien n’est qu’un support, qui a été choisi pour la carte qui y est jointe… Vous allez comprendre dans la suite.

Alors que nous raconte le Parisien ce matin ? Et bien que Greenpeace a établi une carte des sites de stockage et transport des matières et déchets radioactifs, « une carte que nous nous sommes procurée en exclusivité ».

Qu’ils se sont procurés, hein. Elle n’a pas été livrée gentiment avec le communiqué de presse tout prêt-à-diffuser, personne n’irait imaginer ça. #Ghostwriting ? Rhoooo, tout de suite les grands mots…

Bon, cette carte, à quoi ressemble-t-elle ? Celle du Parisien est la même que celle de Greenpeace, à ceci près qu’ils prennent des couleurs différentes pour les axes de transport (on y reviendra) et les sites d’entreposage/stockage.

Carte dans l’article du Parisien
Carte sur le site de Greenpeace France

La version du Parisien a une grande qualité, c’est qu’elle dispose de filtres pour éliminer les points de transport et n’afficher que les entreposages/stockages. Et alléger la carte d’un tas de trucs pas très pertinents.

La carte du Parisien, avec et sans filtre sur les transports

Oui, non, parce que quand même, parlons-en des transports. C’est quoi ce délire de mettre des points pour les transports ? Mettre les routes/voies ferrées en couleur, ou faire des flèches, ça aurait pas été plus pertinent ? Parce que là, les mauvais esprits comme pas-du-tout-moi pourraient très bien aller dire que sur la carte de Greenpeace, les transports servent surtout à remplir des zones qui seraient vides et trop peu anxiogènes sans ça.
Comme ne le laisse pas du tout penser la ligne de points bleus entre Lyon et Dijon, ou les deux lignes qui partent des Pays de la Loire vers Caen. Deux régions bien vides quand on enlève les transports, il est vrai.

Mais bon, s’il n’y avait que ça qui n’allait pas, ça serait la dose quotidienne de peur fournie par Greenpeace, habilement gérée par le Parisien qui fournit ces filtres pour avoir quelque chose d’un peu plus… Factuel. Et ça aurait été bien.
Hélas, y’a d’autres choses qui clochent.
Comme par exemple, les mines. Dans les sites d’entreposage/stockage de déchets/matières (je vais juste dire « sites » dans la suite, sinon c’est chiant), il y a quelques anciennes mines d’uranium.

Alors oui, les mines contiennent leurs propres déchets, donc je conçois qu’on les fasse apparaître sur la carte. Pourquoi pas. Toutefois, sur l’explication de la « méthode » de la carte, Greenpeace nous apprend qu’il y aurait plus de 200 mines. Ils disent aussi n’en faire apparaître quelques unes, j’en compte 15.
Je comprends qu’ils ne mettent pas les 200, mais pourquoi 15, pourquoi celles-là… La méthode ne l’explique pas. De là à dire que c’est pour compléter le remplissage des zones un peu vide…

Au final, sur la carte, déduction faites des points qui représentent des transport (45% du total) et de ceux qui représentent des mines (10%), moins de la moitié représentent de vrais sites. C’est à l’infographie ce que le bourrage des urnes est à la politique, si vous voulez mon avis.

Et si vous le vouliez pas, désolé, c’est fait maintenant.

Bon, la catastrophe médiatique ne s’arrête pas là.
L’inénarrable Yannick Rousselet, chargé de campagne antinucléaire chez Greenpeace France (ce type a pour métier d’être antinucléaire, c’est quand même particulier) nous gratifie dans cet article de quelques habiles tirades à la médiocrité toute Greenpeacesque.

Parce qu’il faut savoir qu’une carte semblable, l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) en met une à disposition, actualisée tous les 3 ans, très détaillée, sur le site de son Inventaire.

La carte est très détaillée, munie de filtre pour trier les déchets géographiquement mais aussi par catégorie (très faible activité, haute activité…), par origine… Si la transparence avait un portail, ce serait celui-ci !

Du coup,

Quelle est la valeur ajoutée par la carte de Greenpeace ?

me demanderez-vous ?

Et bien c’est une très bonne question ! Je pense que même les journalistes se sont un peu interrogés, parce que tous les articles que j’ai vu mentionnent la carte de l’ANDRA, je crois.

Et bien ce que nous apprend Rousselet, directeur de campagne antinucléaire chez Greenpeace France, c’est que leur plus-value, c’est de retirer de l’information.

C’est à dire que là où l’ANDRA vous donne les types de déchets, leur volume, leur activité…

Et vous donne des filtres pour une recherche assez fine – sans parler de la possibilité de télécharger les tableurs pour pousser la recherche – Greenpeace vous retire toute information potentiellement utile. Après tout, des déchets nucléaires sont des déchets, non ?

Le meilleur étant la petite sortie de Rousselet dans l’article du Parisien.

« L’Andra mélange les torchons et les serviettes. En y incluant par exemple des déchets issus des activités médicales. »

Donc Greenpeace a appliqué un filtre pour retirer les déchets du médical. Sans doute des déchets gentils. Ou de la radioactivité gentille. Par contre, ils ont retiré toute autre nuance. Et ont laissé mélangés le nucléaire électrogène, militaire, et les mines. Oh, et les industries de traitement des terres rares, qui produisent aussi des déchets radioactifs.

Les torchons, les serviettes, tout ça…

Y’a juste rien qui va dans la démarche de Greenpeace… Ils pompent des données publiques, en font une carte allégée de toute la transparence exigée à l’industrie nucléaire, avec des méthodes douteuse d’accroissement du caractère anxiogène, et se posent en héros.

Maintenant, au-delà de Greenpeace, y’a des trucs pas brillants de la part des journalistes… Je reviens sur l’article du Parisien :

Extrait de l’article

Ben ouais mais non… Ce sont 4% du combustible usé, qui sont vitrifiés… Soit 3000 ou 4000 m3 de déchets. Pas 4% des 1,6 millions de mètres cubes de déchets, ce qui ferait 64 000 m3. Une erreur d’un facteur 15 à 20…

En plus les vitrifiés ils sont entreposés sur les sites où on fait de la vitrif’, donc Marcoule (CEA) et l’usine de la Hague (Orano). Aucunement dans les centrales.

Extrait de l’article

Et là, ça ne va pas non plus. Ça a beau être une revendication de Greenpeace France, faire classer l’uranium de retraitement en déchet, actuellement, ce n’est pas le cas, et tu n’as pas le droit de présenter une revendication comme un fait acquis.

En pratique, VTC (vies très courtes) + TFA (très faibles activités) + FMAVC (faibles et moyennes activités à vies courtes), ça représente 91% du volume de déchets, qui a déjà une solution de stockage à long terme mise en oeuvre.

Le reste représente 142 000 m3 sur un total de 1 619 000. Du coup, dire que 95% nous restent sur les bras… C’est encore foireux.

Je pense qu’on ne pourra pas mieux conclure qu’ainsi :

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