Sandra Regol, EELV : « Allons plus loin »

Le 20 Février 2020, sur la chaîne de télévision « Public Sénat », à l’occasion de la mise à l’arrêt définitive du premier réacteur de la centrale de Fessenheim, l’émission Allons plus loin posait la question suivante : Fermeture d’un réacteur nucléaire de Fessenheim : la fin d’une ère ?

Pour y répondre, le plateau était scindé en deux, pro-nucléaires d’une part, représentés par Matthieu Auzanneau, du Shift Project, et le plus discret Jean Bizet, sénateur de la Manche. Et, d’autre part, des anti-nucléaires, en la personne de Charlotte Mijeon, du Réseau Sortir du Nucléaire et Sandra Regol, d’Europe-Écologie les Verts.

Et cette dernière s’est particulièrement démarquée par la facilité avec laquelle elle s’arrangeait avec les faits.

Comme souvent, compte tenu de la durée du matériau, un débunk exhaustif aurait été outrageusement chronophage, alors à défaut, quelques vulgarisateurs et passionnés dont votre serviteur nous sommes rassemblés pour proposer un Top 10 des pires contre-vérités énoncées par Sandra Regol. Avec une contrainte pensée pour Twitter : la réponse à chaque affirmation doit être condensée en seulement deux tweets.

Chaque contre-vérité a également été extraite en vidéo. Dans ce billet de blog, je joindrai à chaque fois le tweet contenant la vidéo.

Au programme :

  • La fermeture de Fessenheim découle des engagements de la France à l’occasion de la COP21
  • Un prix Nobel de la Paix à une association militant pour la sortie du nucléaire civil
  • Les centrales nucléaires ne peuvent fonctionner par forte chaleur
  • Les réacteurs ne peuvent moduler leur puissance
  • Les énergies renouvelables, elles, sont modulables
  • Aucune centrale n’a été démantelée dans le monde
  • Si on inclut tout, le nucléaire pollue plus
  • Le budget du nucléaire est aux dépens des EnR
  • Fessenheim, une passoire nucléaire que subissent malgré eux les Allemands
  • Ce débat ne mérite pas ça

1. La fermeture de Fessenheim découle des engagements de la France à l’occasion de la COP21

Les accords de Paris visent à diminuer les émissions de CO2, et plus généralement celles des gaz à effet de serre afin de stabiliser le climat à un niveau jugé acceptable. Ils ne disent pas quelles mesures doivent être prises et on ne trouve pas le mot “nucléaire” dans le texte.

Les émissions de CO2 de la France sont inférieures à celles des pays comparables grâce au nucléaire. Pour respecter les accords de Paris, la France doit diminuer l’usage des combustibles fossiles, mais pas diminuer l’usage du nucléaire.

2. Un prix Nobel de la Paix à une association militant pour la sortie du nucléaire civil

Une petite maladresse dans cette phrase, c’est d’opposer un Nobel de la Paix, que l’ICAN a bien reçu en 2017, qui est une distinction politique, au Nobel de physique remis à Gérard Mourou et Donna Strickland en 2018, distinction récompensant des travaux scientifiques.

Mais le cœur du problème est le MENSONGE d’avoir affirmé que l’ICAN, la campagne internationale de lutte contre les ARMES nucléaires, milite contre la sortie du nucléaire civil. Rappel : le traité de non prolifération permet l’accès au nucléaire civil !

3. Les centrales nucléaires ne peuvent fonctionner par forte chaleur

Les raisons des baisses de charge/arrêt des centrales nucléaires l’été 2019 ne sont pas dues à un problème technique lié à un manque de refroidissement … mais bien à la réglementation destinée à limiter l’impact environnemental des rejets thermiques. Exemple de Golfech :

C’est clairement méconnaitre le sujet : il existe des centrales nucléaires fonctionnant en plein désert, comme Palo verde, située en zone désertique de l’Arizona (Funfact : c’est la plus grosse centrale US) et Barakha, située aux Emirats Arabes Unis (en chantier à l’époque, en service aujourd’hui).

Palo Verde (USA)
Barakah (EAU)

4. Les réacteurs ne peuvent moduler leur puissance

Il a suffi de remonter à la veille de l’émission pour voir un réacteur prouver le contraire, le réacteur 2 de Saint-Alban :

La production nucléaire s’adapte plutôt bien aux besoins de consommation, et à toutes les échelles de temps.

5. Les énergies renouvelables, elles, sont modulables

C’est vrai pour l’hydraulique de réservoir qui est pilotable et participe très utilement au suivi de charge.

Pour les autres, notamment éolien et solaire, c’est évidemment faux, elles produisent de manière aléatoire sans rapport avec la consommation.

6. Aucune centrale n’a été démantelée dans le monde

Or, de nombreux réacteurs de recherche ont été intégralement démantelés, en France et dans le Monde. En ce qui concerne les réacteurs électrogènes, on peut citer par exemple la centrale de Maine Yankee qui a été démantelée « à l’herbe » pour un coût total inférieur à 500 M€.

Une fois la centrale démantelée, il reste le combustible usé (déchets) qui sont traités par ailleurs. En France, le démantèlement du réacteur de Chooz-A, similaire à ceux du parc EDF en fonctionnement, est bien avancé.

7. Si on inclut tout, le nucléaire pollue plus

Si l’on ne regarde que la production électrique, le nucléaire et les EnR (hors bioénergies) sont absolument décarbonées. Si l’on cherche à inclure toutes les infrastructures amont et aval dans un bilan global, on réalise alors une « analyse de cycle de vie » (ACV).

Et en ACV, donc en prenant tout en compte, le nucléaire rejette très peu de gaz à effet de serre ou autres polluants par kilowattheure produit. En termes de CO2, il est au moins aussi bon que l’éolien (hors back-up), meilleur que le solaire photovoltaïque.

8. Le budget du nucléaire est aux dépens des EnR

Le financement du nucléaire et des ENR ont des logiques différentes :
– Le nucléaire est financé par EDF sans subvention et vendu au prix de marché
– Les ENR sont financées par les producteurs, vendues au prix de marché tout en bénéficiant d’une subvention en plus.

Au moins deux formes de subventions :
– via les tarifs d’achat (~5 mds€/an) et des engagements long terme de l’ordre de 121 mds entre 2017 et 2041 (hors contrats futurs).
– via la prise en charge partielle ou totale du raccordement au réseau (7 milliards pour l’offshore par ex).

Cour des Comptes
Commission de Régulation de l’Énergie
L’Usine Nouvelle

9. Fessenheim, une passoire nucléaire que subissent malgré eux les Allemands

On ne saura pas ce qu’elle entend par “passoire” pour une centrale dont l’aspect nucléaire est strictement confiné. Cette centrale a été construite avec une participation financière (17,5%) de la société allemande EnBW qui disposait de cette même fraction de l’électricité produite.

Les Allemands ont peu de moyen d’agir sur la centrale, qu’ils ont pourtant co-financé à une époque, de même que les Français ou les citoyens du monde ont peu de moyen d’agir sur les émissions de CO2 des centrales au charbon Allemande, préjudiciables à leur santé et le climat.

10. Pour donner le change…

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