Le barrage de Vouglans et la centrale de Bugey

Le barrage de Vouglans a été en fin 2018 un nouveau levier pour entretenir la peur du nucléaire, suite à un reportage Envoyé Spécial racoleur et sensationnaliste laissant entendre un risque élevé de rupture du barrage, situé sur l’Ain, en amont de la centrale nucléaire du Bugey et de la ville de Lyon.

Retrouvez-le ici (mais c’est vraiment pas une perte de le zapper) :

Le principal message du reportage n’était pas le risque d’inondation de Lyon sous quelques mètres d’eau, mais le risque d’inondation de cette centrale nucléaire et ses 4 réacteurs de 900 MW (et un réacteur graphite en démantèlement).

Citons notamment cet article de France 3 qui parle d’un « scénario catastrophe » en citant un technicien selon lequel le barrage « peut péter à tout moment ».

France Info, à peine moins dramatique, reprend le terme de « scénario catastrophe » mais avec un peu plus de pincettes, en expliquant que des protections sont prévues, et ce, même dans l’éventualité d’une crue historique cumulée à la rupture.
Idem dans cet autre article. Avec l’affirmation complètement gratuite, dépourvue de source ou d’analyse, selon laquelle plusieurs autres centrales seraient menacées par le même barrage.

Bon, et du coup, le HCTISN, il dit quoi ?

Risque inondation : la Côte Majorée de Sécurité (CMS) définie pour le site de Bugey a été calculée selon la méthodologie actuellement en vigueur pour les centrales nucléaires françaises, découlant de la Règle Fondamentale de Sûreté (RFS). Les dispositions ont été prises pour que le site ne soit pas inondé en cas de rupture brutale du barrage de Vouglans cumulée à une crue centennale de l’Ain et une crue historique du Rhône.

Ceci étant dit, qu’a-t-on à tirer du reportage d’Envoyé Spécial ? La rupture brutale du barrage, même dans des conditions environnementales exceptionnelles, n’est pas une menace pour la centrale. Pourquoi on nous emmerde en essayant de faire croire le contraire ?

Si le reportage nous apprend éventuellement une chose, c’est que le barrage de Vouglans pourrait être faiblard. Ce n’est pas une menace pour la centrale nucléaire, mais peut l’être pour certains villages, et la ville de Lyon qui passerait sous potentiellement six mètres d’eau.

Mais ça, ça n’a l’air d’intéresser personne. Et pourtant, je crains que cette onde de submersion ne prenne même pas en compte des crues historiques, mais le niveau moyen de l’Ain. Le risque nucléaire est donc un non-sujet ici, tandis que le risque de dévastation… N’intéresse personne.

Risque, perception du risque.

Pour un même évènement initiateur, on a :

  • d’un côté, la quasi-certitude de faire des morts par milliers (dizaines, centaines de milliers ?) et des blessés, délogés, privés de tous ce qu’ils possèdent… en nombre astronomique ;
  • de l’autre, l’infime probabilité d’un accident nucléaire causé par des défaillances face à un évènement qui a été prévu dans la conception et les règles d’exploitation de la centrale.

Et seul le second excite les caméras, et, par conséquent, le public.

Ça me dépasse.

Le pseudo-reportage d’Envoyé Spécial n’a inquiété que pour le risque nucléaire, tout le monde a regardé la centrale… Pas le barrage.

Pour aller plus loin, je vous recommande mille fois cet excellent thread de @HumainCurieux, qui décortique en détail le reportage :

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