La flexibilité du système électrique face à la demande

De cette interpellation naquit toute une série de threads, puis ce billet.

Ce même jour, par chance, la production éolienne en France était généreuse et relativement stable, et prévue pour le demeurer jusqu’à la fin de la journée. Quant au solaire, il se comportait comme du solaire.

Ceci incite toutefois, dirait probablement un « vrai ingénieur », à demander aux gens de ne pas se lever avant 9 ou 10h du matin, afin de profiter de l’ensoleillement pour faire fonctionner micro-ondes, grille-pains et sèches-cheveux. Ou même RER, métro et trains.

Et le même jour, il aurait été avisé de ne pas faire la cuisine pour le dîner après 16 ou 17h, pour les mêmes raisons.

Pour aller plus loin, dans les jours qui suivirent, j’ai, chaque matin, regardé les prévisions de production éolienne et solaire du même jour, ainsi que les prévisions de consommation, et les recommandations pour modifier la seconde pour la rapprocher de la première.

Une sorte de « météo de l’électricité », qui pourrait devenir la solution de « vrais ingénieurs » pour que la consommation devienne davantage flexible par rapport à la production : dire aux gens comment faire, chaque jour, voire ce qu’ils peuvent faire.

Pour voir les différents graphiques et les prévisions de consommation associées, c’est dans le thread Twitter uniquement, pas repris dans ce billet de blog :

Rétrospective sur une semaine:

Le chemin avant d’adapter la consommation à la production, et non plus l’inverse comme c’est le cas depuis un siècle, est extrêmement long et compliqué. Il ne suffira pas de stocker à midi ou à quatre heures du matin et déstocker lors des pics de consommation du matin et du soir. Il faut également prévoir de stocker le week-end et déstocker tout au long de la semaine. Et, même si ça ne paraît pas dans ces graphiques, il faut en plus être en mesure de stocker et déstocker d’une saison à l’autre.

Ces différentes échelles de temps pour stocker l’électricité, elles sont déjà d’actualité. Le stockage de l’électricité sous forme gravitaire hydraulique (les STEP) est décliné en deux modes de fonctionnement.

  • Les petites STEP de faibles capacités mais nombreuses et donc qui cumulent une forte puissance (mais de toujours faibles réserves) fonctionnent essentiellement en cycle jour/nuit : l’eau est pompée en heure creuse vers l’amont, et turbinée vers l’aval au pics de consommation du matin et du soir.
  • Les quelques énormes STEP contribuent aussi au cycle jour/nuit, mais sont surtout sollicitées pour être remplies le week-end, car la consommation est faible, et turbiner toute la semaine, toujours lors des pics de consommation.

Quant au stockage d’une saison à l’autre, ce sont l’atmosphère, l’océans et les montagnes (les glaciers surtout) qui s’en chargent. L’hiver, les précipitations plus abondantes permettent au centrales hydroélectriques « au fil de l’eau » de rencontrer un débit plus important et donc de produire davantage que l’été ; et les lacs, remplis pendant la fonte des glaces, se vident en turbinant cette eau l’hiver pour combler nos besoins.

L’éolien et le solaire, eux, subissent tout cela, sans que cela ne soit optimisé pour nos besoins.

Toutefois, à la même période, j’expérimentais de m’adapter à la production éolienne et solaire. Et ça marche, sans trop d’effort…

Mais uniquement en considérant les moyennes journalières, et certainement pas au cours de la journée !

Et le jeu des prévisions météo a continué quelques jours. Dans un seul but : rendre visible ce qu’on appelle « intermittence », et montrer à quel point adapter la consommation demande davantage que de « vrais ingénieurs » ou juste de la « volonté politique ».

Transition énergétique : deux exemples européens

Commençons par une énigme…

Deux pays européens. Démographies assez comparables, niveaux de développement également. Deux transitions énergétiques, dans les deux cas basées sur le développement des énergies renouvelables.

GHG : GreenHouse Gases (ou GES : gaz à effet de serre).

Besoin d’indices ?

Les deux courbes précédentes démarrent en 1990. Voici le détail des mix électriques des deux pays à cette date :

Les conditions initiales sont très semblables. Les énergies renouvelables sont insignifiantes, le charbon domine largement et le nucléaire se taille des parts très proches dans les deux cas. La différence réside dans un petit 10% à la marge : pétrole pour le pays 1, gaz pour le pays 2.

Réponse ?

Sur Twitter, tout le monde avait reconnu l’Allemagne comme Pays 2. Mais le Pays 1 a fait pas mal réfléchir… Il s’agit du Royaume-Uni. Retenons des derniers graphiques qu’ils partaient à peu près du même état initial.

Voilà comment, dans l’intervalle, le mix allemand s’est transformé :

Les énergies renouvelables et le gaz ont augmenté, mais n’empiétant que peu sur le charbon, et surtout sur le nucléaire. On a remplacé beaucoup de bas-carbone et pas mal de très carboné par beaucoup de bas carbone et pas mal de moyennement carboné (dont la biomasse, généralement, le bois !)

Effort énorme, mais vous connaissez l’histoire, résultat médiocre à cause de l’effort de remplacer le nucléaire malgré sa production énorme, son caractère bas carbone, sa production fiable.

Quant aux Britanniques, voilà quelle fut leur stratégie :

Sacrifice brutal du charbon, très carboné, au profit des EnR bas-carbone et du gaz moitié moins émetteur de CO2 que le charbon. Là où on avait 1 GW de charbon, on a, en gros, quelques GW d’éolien lorsqu’il y a du vent, et 1 GW de gaz en back-up.

Exactement ce que certains veulent faire en France, mais avec « nucléaire » à la place de « charbon » (mais toujours « gaz » à la place de « gaz », hein).

Mais où veux-je en venir ?

Et ça me fait dire que l’éolien, c’est super. Couplé au gaz, pour remplacer du charbon, ça marche à merveille ! En termes physiques, mais pour ce que j’en sais, aussi en termes économiques ! Contrairement aux insinuations de certains, je suis pas dans le bashing systématique des EnR. Je trouve ça juste insensé de dépenser des fortunes pour leur faire remplacer le nucléaire, comme en Allemagne, et comme certains le souhaitent en France.

Mais pour remplacer, ne serait ce que partiellement le charbon, je dis OUI ! Et même si c’est que partiel, c’est rapide – contrairement au nucléaire, hélas.

Et donc l’éolien+gaz, c’est très bien comme transition pour sortir du charbon en réduisant à court terme les émissions de GES du système électrique (n’oublions pas que la transition énergétique ne se limite pas à la production électrique !).

À plus long terme, ma vision est que c’est au nucléaire de venir remplacer le gaz, avec plus ou moins d’EnR en plus ou en moins selon ce qui sera le plus optimal. Voilà à quoi devraient ressembler les deux phases d’une décarbonation d’un système électrique. Et les anglais sont en train d’achever la première phase et de préparer la seconde – même si, concédons le, le nucléaire futur chez eux va d’abord devoir remplacer le nucléaire ancien, avant de remplacer le gaz.

Et de ces deux pays, vous savez lequel est toujours pris en exemple par l’écologisme ? Et celui dont on ne salue que rarement les performances, chez nous ?

Plutôt que de se demander : « Qu’est-ce qu’on peut faire d’efficace ? », on se demande : « Qu’est-ce qu’on peut annoncer ? »

Ce sont les mots de Bréchet, ex Haut Commissaire à l’Énergie Atomique, dans cette excellente interview donnée au Point.
Ils feront une très bonne conclusion.

Impact de la canicule 2019 sur le système électrique français

La semaine du 22 au 29 Juillet 2019 a été marquée par une vague caniculaire ayant d’une part sollicité les moyens de climatisation, et d’autre part mis à rude épreuve les moyens de production électrique – dont le très médiatique nucléaire.

Selon le twittos @buchebuche561, douze réacteurs nucléaires en production à cette période ont du réduire leur puissance pendant cette vague de chaleur, et deux autres, les deux réacteurs de la centrale de Golfech, ont été mis à l’arrêt complet.

En plus de cela, seize tranches étaient à l’arrêt complet pour leurs opérations de maintenance, de rechargement du combustible, ou de visites décennales. D’autres réacteurs encore ont subi des réductions de puissance indépendantes de la canicule, pour des travaux de maintenance spécifiques ou suite à des défaillances.

Au-delà du nucléaire, le vent était très peu généreux, les panneaux solaires souffraient de la chaleur (le rendement baisse avec la température), et la résultante fût une production électrique au gaz substantielle pendant la semaine. Plus encore, la France est devenue par moment importatrice nette. Non pas que le réseau était à ses limites, mais les lois du marché faisaient alors qu’il était plus économiquement intéressant d’importer que de brûler davantage de gaz.

L’hydraulique n’était pas aidée non plus : la petite hydraulique (centrales électriques dites « au fil de l’eau ») était limitée par des débits faibles, et la grande hydraulique (barrages) s’économise l’été pour ne pas vider des réserves d’eau qui seront précieuses en hiver.

Bilan.

Pour l’hydraulique, pas de surprise : une base constante et des pics périodiques, le tout très modeste pour les raisons données ci-avant.

Pour l’éolien c’est pareil, sans la base constante. On voit une remontée le week-end (fin de canicule et temps orageux sur une bonne partie du pays) mais un parc dans l’ensemble à l’arrêt.

Pour le solaire pas de surprise non plus. C’est toujours joli, ça produit pas mal mais loin du maximum malgré l’ensoleillement (cette histoire de rendement), et ça se casse la gueule lors des orages, normal.

Et, enfin, le nucléaire. @buchebuche561 a été voir les motifs de chaque indisponibilité (partielle ou totale) de production, pour savoir lesquelles sont imputables à la canicule, et lesquelles n’ont rien à voir. Un énorme merci pour ce gros boulot ♥.

Du coup, j’ai pu tracer la production, le parc installé (comme sur les précédents graphiques, du coup), mais aussi la production qu’on aurait pu attendre sans les limites imposées par la canicule.

Ça permet de visualiser l’impact de la canicule, qui ne joue clairement pas que sur l’épaisseur du trait. Rien que les 2600 MW de Golfech font mal. Mais ça n’est pas non plus un effondrement.

Les indisponibilités du fait de la canicule restent une minorité des indisponibilités habituelles en été (qu’on doit au fait qu’on veut une disponibilité max l’hiver, donc on concentre la maintenance l’été et l’automne).

Et les imports et exports, pour finir. L’effet week-end encore très visible : remontée de la production éolienne et surtout baisse de la consommation -> On se remet à exporter à bloc.

Je profite de ce dernier cas pour signaler une limite des graphiques radar : les faibles valeurs sont, visuellement, minimisées. Ici, les 0 à 2 GW d’imports, par exemple, sont à peine visibles. Alors qu’une variation de 4 à 6 GW par exemple occupent une aire bien plus grande.

C’est pour ça que j’évite de représenter les différents moyens de production sur un même graphe… Les petites valeurs du solaire (car plus petit parc) sont visuellement encore plus minimisées devant le nucléaire.

On m’a proposé une échelle non linéaire pour compenser, mais j’ai peur que ça embrouille. Donc je reste là-dessus… Mais gardez juste en tête que le radar déforme visuellement en minimisant les petits valeurs (et inversement).

Quelques mots, pour finir, sur l’explication de ces arrêts / réductions de puissance.

Non, les réacteurs n’étaient pas empêchés de fonctionner à cause de la chaleur. Les circuits primaires et secondaires des réacteurs tournent à 200-300 °C, donc ce ne sont pas 10°C de plus à l’extérieur qui vont faire la différence.

Non, le problème n’était pas de pouvoir refroidi le réacteur. Pour la même raison ; quand il s’agit de refroidir un circuit à 250 °C, une source froide à 30 °C fait toujours l’affaire.

Non, la sûreté n’a à aucun moment été compromise. Un réacteur à l’arrêt a besoin de cinquante fois moins de refroidissement (pour ses fonctions de sûreté) qu’un réacteur en production (pour son fonctionnement). Donc, schématiquement, lorsque la canicule atteint le seuil où l’on met le réacteur à l’arrêt, le seuil où la sûreté serait remise en question est cinquante fois plus loin.

L’arrêt / la réduction de puissance des réacteurs est une problématique de protection de l’environnement. La réglementation impose des contraintes sur la température de l’eau rejetée en aval des réacteurs : une limite absolue, et une limite relative. C’est à dire que les rejets ne doivent ni dépasser une certaine température, ni dépasser de X degrés la température en amont, et ce afin de limiter le stress sur la biodiversité aquatique.

Et lorsque la température en amont approche la limite absolue en aval… Il faut réduire l’échauffement, voire cesser de réchauffer l’eau.

Plus d’infos dans ce thread :

Tout ce béton, tout cet acier pour construire un réacteur nucléaire !

C’est que, l’industrie sidérurgique et la fabrication de ciment, ça en produit beaucoup du CO2 !

EPR Flamanville :

  • 300 000 m3 de béton
  • 42 000 tonnes d’acier

Source : Wikipédia.

Production attendue : 1600MW*0,80*60 ans*8766 h/an = 700 TWh.
Donc 430 m3 de béton par TWh (disons 1300 tonnes), et 60 tonnes d’acier par TWh.

Éolienne Gamesa G 90 de 2 MW :

  • 1100 tonnes de béton
  • 140 tonnes d’acier

Source : ADEME, pages 87-88. Fonte inclue dans les aciers.

Production attendue : 2MW*0,23*25 ans*8766 h/an = 0,1 TWh/an.
Donc 11 000 tonnes de béton par TWh et 1 400 tonnes d’acier par TWh.

L’EPR consomme donc 8 fois moins de béton et 20 fois moins d’acier que l’éolien.

Si je prends l’étude, un peu plus soigneuse, du Department of Energy sur le sujet, ils donnent 800 t/TWh de béton et 160 t/TWh d’acier pour le nucléaire, et 8000 t/TWh de béton et 1800 t/TWh d’acier pour l’éolien.

On a là un facteur 10 pour le béton et 11 pour l’acier, donc toujours à l’avantage, très marqué, du nucléaire.

Source.

Les énergies renouvelables n’ont de renouvelable que leur énergie primaire : les moyens de production sont, eux, terriblement gourmands en ressources naturelles.

En d’autres termes : l’électricité renouvelable n’existe pas. Il n’y a que des moyens de production plus ou moins durables… Et le nucléaire fait partie des plus durables.

ADEM…ystifier

Introduction

En décembre 2018, sans se cacher d’une certaine politisation du calendrier en raison du débat public sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie qui battait son plein, l’ADEME nous a gratifié d’une nouvelle étude sur le futur du système électrique français.

Ou, plus exactement, la synthèse de l’étude, promettant la diffusion ultérieure de l’étude complète. Néanmoins, à ce jour, la synthèse attend toujours d’être appuyée de l’étude complète.

Dans cette étude, l’ADEME « prévoit […] un fort développement de la part des énergies renouvelables, estimée à 85% en moyenne en 2050 et à plus de 95% en 2060. » Tout en taclant la production nucléaire : le parc actuel pourrait être en partie mis à profit du développement des énergies renouvelables, tandis que la création d’une nouvelle filière (EPR) serait écartée car non compétitive.

Une lecture attentive mais non experte permet néanmoins de nuancer en profondeur les affirmations trop catégoriques du communiqué de presse, repris abondamment dans les médias le jour de la parution de la synthèse, avec un manque d’esprit critique peu surprenant. Les critiques vinrent ultérieurement, mais comme toujours… La première idée était diffusée, et bien plus que ne peuvent espérer l’être les critiques.

Il s’agira ici de présenter mes propres relevés de lecture de cette synthèse, mais bien d’autres peuvent être trouvées sur le web, parfois concordantes, parfois dissonantes, parfois plus complètes, parfois plus approfondies sur certains points… Un certain nombre de ces réflexions sont référencées sur Twitter sous le mot-dièse #ADEMystifier.

Ma lecture de ce document ne sera pas un « debunk ». Je pense que l’on à affaire à des personnes compétentes et honnêtes, parmi les rédacteurs, capables de poser des hypothèses, dérouler un raisonnement et des méthodes sérieux, et aboutir à une conclusion. Le but ne sera donc pas de s’attaquer aux méthodes, mais plutôt de balayer du regard les hypothèses à la base.

En effet, lorsque des scientifiques établissent un raisonnement type « si A est vrai, alors B est possible », la retranscription dans les médias et l’opinion publique est, bien souvent, « B est possible », quand ce n’est carrément « B est vrai ». La notion d’hypothèse, de condition, est omise.

Ce sont donc ces hypothèses sur lesquelles nous allons nous pencher, et discuter des plus amusantes et fantaisistes, s’il y en a (spoiler : il y en a).

Pour commencer, je vous invite à lire cet excellent et court thread. Des remarques intelligentes sur lesquelles il n’est donc pas intéressant de revenir.

Édito

C’est avec l’éditorial du document que nous commençons cette lecture. Lequel appelle, d’emblée, à une réflexion sur l’étude ADEME de 2015, valorisant la possibilité et l’intérêt d’un mix électrique 100% EnR et très largement diffusée à l’époque.
Voilà ce qu’on peut en lire :

« Cette étude à caractère technique ne prétendait en rien définir une trajectoire souhaitable du mix électrique. »

Cette affirmation ne tranche en rien avec ce que l’ADEME prétendait alors. En revanche, on pourra trouver un paquet d’articles dans la presse, de discours de politiciens, ou de communiqués d’ONG environnementalistes, disant ouvertement l’inverse.

L’édito contient également un avertissement relatif à cette nouvelle étude, et cela mérite d’être rappelé dans les articles de presse relayant l’étude – il faudrait vérifier s’ils l’ont fait :

Cette étude ne dit rien, bien sûr, des autres considérations d’ordre social, industriel ou environnemental.

L’ADEME est franche et le dit ouvertement dès la page 1 de sa synthèse. C’est une étude dont le périmètre est limité et les limites très clairement identifiées et énoncées. On jugera si la presse et les ONG ont repris cette précaution, où l’ont écartées… Si « Si A est vrai, alors B est possible » a bel et bien perdu son « Si A est vrai ».

Résultats clés

Page 2 de la synthèse. On nous présente des résultats, donc il n’y a pas vraiment d’hypothèse à relever, mais des éléments intéressants toutefois.

Le surcoût de développement d’une filière industrielle EPR (24 GW en 2060) serait au minimum de 39 milliards d’euros pour la nation.

Mais du coup, que l’on m’explique ce tweet ?

En vérité, page 2, une note de bas de page nous indique que ce calcul aboutit à 39 G€ avec un taux d’actualisation de 2,5%. Sans actualisation, le surcoût est alors de 85 G€, comme indiqué dans le tweet.
Le jour même de la parution de la synthèse, donc, l’ADEME elle-même, sur les réseaux sociaux, communiquait des résultats en faisant déjà l’impasse sur les hypothèses derrière…

Méthodologie et principales hypothèses

À cette page, l’ADEME nous re-confirme retenir un taux d’actualisation de 2,5%. Je n’ai pas les compétences pour le juger, je le prends volontiers tel quel. Sans faire d’exception en retenant 0% quand ça m’arrange ! Ce procédé est pour le moins… Litigieux.

On voit également à cette page que sur la consommation nationale d’électricité, on a un scénario « demande basse, où l’électricité passe de 25 à 40% de la consommation française d’énergie finale (pompes à chaleur, voitures électriques…) mais baisse nettement en valeur absolue (d’environ 450 TWh à environ 400).
Bon, consommer moins d’électricité en recourant plus souvent à l’électricité me paraît assez fantaisiste, mais il y a aussi un scénario « demande haute » pour lequel la consommation est en augmentation, et les deux sont pris en compte, donc c’est réglo.

Concernant le taux d’actualisation, on y revient aux pages 6 et 7, où l’on parle de 5,25% pour les EnR et 7,5% pour le nucléaire, dans les calculs de LCOE (levelized cost of electricity). Si la différence entre les deux se discute, elle est toutefois expliquée : c’est la rémunération des risques financiers, jugée plus élevée pour les investissements dans le nucléaire, qui l’expliquerait. En revanche, la raison pour laquelle on a perdu les 2,5% dont il était auparavant question m’échappe.

L’on m’a suggéré que le 2,5% pourrait être un taux d’actualisation, tandis que les 5,25 et 7,5% n’en sont pas (il s’agirait d’une coquille), mais des taux de rendement des financiers – qui exigent des rémunérations plus élevées pour les investissements plus risqués, ce qui serait cohérent avec l’explication avancée ci-avant. Je me permets de rester sur cette explication.

Coût de production de l’électricité renouvelable

Nous sommes toujours pages 6 et 7, où l’on peut constater les ambitions importantes quant à la baisse des prix des énergies renouvelables. En particulier, une décroissance exponentielle pour l’éolien offshore : de 140-180 €/MWh en 2020, elle baisse à 100-120 en 2025, 70-90 en 2030 et 60-80 €/MWh en 2040. L’éolien onshore arrive également à beaucoup baisser, de 70 à 40 €/MWh, et 70 à 30 €/MWh pour le solaire photovoltaïque au sol.

Bref : ce qui est cher baissera beaucoup, et ce qui a déjà beaucoup baissé continuera à baisser. Chacun appréciera !

Pays voisins

Concernant les pays voisins, l’ADEME reprend les hypothèses d’autres études, dont une réalisée par l’ENTSO-E.
Mais pas pour l’Allemagne, où ils se basent sur la promesse, purement politique, d’un mix électrique à 65% renouvelable en 2030. À démystifier, hein ? 😉

On se retrouve donc avec l’hypothèse d’une sortie totale du charbon en Europe de l’Ouest (jusqu’à la Slovaquie et la Slovénie, mais Pologne exclus) entre 2035 et 2040. Au moins une hypothèse que je souhaite très fort être vraie.

Lien entre nucléaire et gaz

L’étude réalise plusieurs scénarios qu’elle compare. Il en existe un où l’on sort du nucléaire au plus vite, en arrêtant un tiers des réacteurs actuels à 40 ans (ça, c’est dans tous les scénarios) et les deux tiers restants à 50 ans. Un scénario à la Greenpeace, EELV, LFI, etc., quoi. Encore que pour certains, si on leur laissait le choix, ils arrêteraient tout le parc à 40 ans.

Et bien ce scénario est le seul qui aboutit à la construction de nouvelles centrales à gaz. 15 GW, pour 12% du mix électrique en 2040.

Donc l’ADEME elle-même confirme qu’une fermeture prématurée du parc nucléaire est une connerie pour nos émissions de gaz à effet de serre. Si les organismes politiques ou non gouvernementaux cités plus tôt savaient lire aussi ce qui ne conforte pas leurs croyances…

Intermittence

Voilà un sujet intéressant !

En 2050, l’ADEME considère que 80% de la capacité de stockage que constituent les véhicules électriques est pilotable, et mise à contribution pour assurer la stabilité du réseau. Vous sentez venir cet âge où l’on chargera sa voiture sur autorisation, si les vents sont favorables, et où l’on sera obligés de décharger la voiture pour se chauffer en vague de froid ?

Ensuite, on arrive sur un des meilleurs moments de la lecture de ce rapport. Les exemples de courbes de production et de consommation électrique en 2050.

Cette courbe a été très moquée, mais je ne vais pas me priver d’en rajouter une couche !

Ce qui saute aux yeux en premier lieu, c’est le coup de la « semaine d’hiver ». Un début septembre bien ensoleillé (jusqu’à 40 GW de solaire sur un parc de 80 GW). Une semaine d’hiver en début septembre. Voilà qui est annonciateur d’un dimensionnement solide pour passer les pics de consommation de l’été, en février !

On saluera aussi la quasi-disparition du pic de consommation du soir, y compris dans la « demande non pilotable ». Le profil de consommation des français a donc changé pour permettre aux énergies renouvelables de gagner en pertinence…

On voit aussi la part importante de l’industrie que l’on peut effacer si besoin, les 7-8 GW de batteries en plus des voitures électriques… Lesquelles sont d’ailleurs largement mises à profit, parfois le soir, parfois en journée. Selon les besoins du réseau – pas vos besoins à vous, non. Bref, les usagers sont largement asservis au vent et à l’ensoleillement. Tu m’étonnes qu’un mix 80% renouvelable soit intéressant dans ces conditions…

Les importations sont conséquentes, notamment la nuit.

La biomasse et la méthanisation sont à peu près aussi présentes que l’hydraulique. Je rappelle que l’impact environnemental n’est pas étudié, point à garder en tête lorsque l’on parle biomasse.

On a également une jolie base de 5 GW de « Autres EnR » : houlomoteur, hydroliennes, géothermie, incinération des déchets… Encore un élément à garder en tête, parce que non évident.

Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est que l’on voit que l’on s’en sort avec 3 jours pauvres en production éolienne (mais riches en production solaire), et qu’on en appelle déjà, dans ces conditions, au gaz et aux importations. Mais qu’est-ce que ça va donner lors du vrai hiver, quand le solaire est insignifiant, et si l’éolien vient à manquer !

Prix consommateur du kilowattheure

Encore un grand moment. Une des plus belles perles.

Page 13, on nous présente que le scénario dit « de référence » aboutit à un MWh entre 90 et 95€ à partir de 2040, après un pic à 105 €/MWh en 2030. En comptant une large part de coûts de réseau, d’EnR, d’imports…
On pourrait tiquer sur le fait que le coût des batteries et de la flexibilité soient jugés dérisoire, mais on n’est pas là pour ça.

Les coûts semblent bel et bien tout inclure. Ou presque : il est précisé qu’ils n’incluent pas…
Suspense…

Ils n’incluent pas les coûts relatifs à l’efficacité énergétique. Ah. Bon, Ok, d’un autre côté, c’est normal de ne pas les compter dans le coût de l’électricité. Mais on les comptera dans le coût total du scénario, hein ?

Et bien, c’est à dire que… Je vous ai déjà montré ma collection de timbres ? *diversion*

Coût des scénarios de transition

Non, ils ne le sont pas. Il y a même un scénario nommé « efficacité énergétique », qui ne prend pas en compte les coûts liés aux efforts d’efficacité énergétique.

C’est même, des sept scénarios étudiés, le moins cher ! Forcément, puisqu’il repose sur un effort important dont on ne chiffre pas le coût…

Quand on regarde tout ça, en écartant le premier scénario, absurde, il reste 6 scénarios dont le coût avoisine 1300 milliards d’euros, avec une plage de variation de 40 milliards (3%) entre le moins cher (« prolongement nucléaire facile ») et le plus cher (« EPR en série »). Du coup, je m’interroge : l’ADEME établit un classement entre six scénarios pour déterminer un cas optimal, alors que l’écart entre chacun de ceux-ci est très faible.

Quel impact sur le classement si l’éolien coût 5% plus cher que prévu ? Si les taux d’actualisation sont à décaler de 0,5 points ? Comment s’en tirent les différentes trajectoires si les pays voisins ne suivent pas les trajectoires qu’on leur prête ? Si le public n’accepte pas de fournir gratuitement ce qu’on attend de lui en flexibilité ? Les coûts projetés de la filière batterie (en véhicule électrique ou en parcs de batteries) et ceux de la filière power-to-hydrogen, hautement hypothétiques, peuvent-ils bousculer les comparaisons ?

Il me paraît fort présomptueux, au vu de l’incertitude sur les hypothèses et les faibles écarts sur les résultats, d’avancer de manière ferme que telle ou telle trajectoire est moins chère qu’une autre. Pas vous ?

Les scénarios sont tellement proches qu’un simple petit ajustement, très léger, de quelques hypothèses peut changer le classement, à mon avis. Et ce constat fait, je rappelle l’un des rôles de l’ADEME, telle que fixés par l’article L131-3 du Code de l’Environnement :

[…] Cet établissement public exerce des actions, notamment d’orientation et d’animation de la recherche, de prestation de services, d’information et d’incitations dans chacun des domaines suivants : […] 4° La réalisation d’économies d’énergie et de matières premières et le développement des énergies renouvelables, notamment d’origine végétale ; […]

En étant un poil médisant, je pourrais aller jusqu’à envisager que si l’ADEME se retrouve à choisir entre deux hypothèses allant en faveur du nucléaire ou des énergies renouvelables, la loi lui impose de choisir la seconde.

Bref, continuons un peu…

Le parc nucléaire historique

Globalement, sur ce sujet, leurs hypothèses me paraissent raisonnables. Ils supposent systématiquement la fermeture d’un tiers des réacteurs à 50 ans, quel que soit le scénario, mais c’est présenté comme une hypothèse conservative, dans le cas où EDF ne parviendrait pas à obtenir la prolongation de la totalité des réacteurs, ce qui est discutable, mais pas insensé.

Il est dit, toutefois, que prolonger tout le parc à 60 ans nous coûterait de l’argent à partir de 2040, à cause des « pertes d’opportunité ». C’est à dire que le nucléaire français serait la cause d’une surcapacité à l’échelle européenne, faisant baisser les prix de marché et donc faisant baisser sa propre rentabilité, ainsi que celle des EnR qui nous coûteraient donc plus cher en compléments de rémunération.

Ok, le raisonnement semble se tenir. MAIS.

Est-ce que l’on est en train de parler de construire 80 GW de solaire, 90 GW d’éolien, 20 GW de stockage… Et de mettre sur le compte du parc nucléaire historique le problème de surcapacités ? Et bien oui, ma p’tite dame !

Ceci étant dit, entre 2050 et 2060, selon les scénarios, on devient importateurs nets d’électricité, donc j’ai bien envie de dire qu’on aurait intérêt à avoir des surcapacités pour faire baisser les prix de marché, hmm ? Toutefois, ils admettent sur ce point que leur modèle n’est pas apte à réaliser des projections solides au-delà de 2050.

Fin et conclusion

S’ensuit tout un passage sur le marché, je ne vais pas trop m’y immerger. Puis un autre sur la stabilité en fréquence du réseau, mais le thread de Nicolas Goldberg cité au début de cet article dit tout ce qu’il y a à dire dessus. Mais il y a quand même un gros trou dans cette étude à ce sujet. Ses auteurs, toutefois, le reconnaissent et proposent des pistes pour améliorer la stabilité en fréquence. À ne pas oublier lorsque des politiciens viendront présenter cette étude comme une trajectoire « prête à adopter » !

Enfin, la synthèse se termine par une pleine page « Limites et perspectives ». Un beau geste de transparence (« limites identifiées et énoncées », disais-je plus tôt). Et parfois des aveux folkloriques.

La compétitivité des EnR françaises face aux EnR à l’étranger n’a pas été étudiée.

Donc toutes les hypothèses sur la rentabilité des importations et exportations sont plus ou moins infondées, si je comprends bien ? Celles qui servaient à disqualifier la rentabilité d’un prolongement maximal du parc nucléaire ?

L’optimisation économique n’intègre pas de considérations ni d’indicateurs d’ordre social, environnemental ou industriel, comme les impacts sur l’emploi, sur l’environnement (sol, paysages, biodiversité, consommation de matériaux, etc.) ou sur le positionnement des industriels français sur les nouvelles technologies qui pourraient être susceptibles de conduire à un optimum différent, dans le sens du développement durable.

C’était dit, c’est répété, et il est vraiment important de garder en tête ces limites.

Je vais conclure en parlant de la forme : il y a pas mal de coquilles. Je ne vais pas m’amuser à les énumérer, ça serait lourd et mesquin, mais il y a clairement un côté « pas fini ». Ce n’est pas grave, hein, mais ça tend à confirmer qu’il y a eu une accélération du process pour sortir le document en plein débat public. Un calendrier politique, donc.

Allez, le mot de la fin : l’ADEME a produit un travail, à priori, sérieux et intéressant.

Mais s’est livré à un jeu de communication beaucoup moins intègre, et qui ne peut qu’être amplifié dans la presse et les politiques. Alors… Soyez vigilants. Tout simplement !

#AntinucléairesVSclimat : « Transition énergétique : l’Allemagne montre la voie ! »

Thread initial par @Astrochnis :

Les passages en italique sont les retranscriptions exactes des propos de l’auteur de ce thread. Les passages en caractères romans sont mes propres ajouts et commentaires, dont je vais minimiser le nombre pour ne pas dénaturer le propos initial.

À en croire le Réseau Sortir du Nucléaire, l’Allemagne aurait baissé ses émissions de GES grâce à la baisse du nucléaire, et grâce à l’essor du renouvelable, avec de très jolis graphiques sur la gauche, et que donc l’Allemagne serait un modèle à suivre. Sans vouloir vous spoiler le truc, il semble qu’ils confondent corrélation et causalité.

Regardons les chiffres bruts. Si j’en crois [Eurostat], les émissions totales de GES sont de [1264] MtCO2 en 1990 et [927] MtCO2 en 2014.
Ensuite, ils mettent en corrélation un baisse d’une valeur absolue avec les évolutions de valeurs relatives. Grosse erreur!!!

On ne compare jamais une valeur absolue à une valeur relative, sauf si le dénominateur de la valeur relative reste inchangé ! En plus, les émissions de gaz à effet de serre ne viennent pas toutes de la production d’électricité, mais aussi de l’industrie, du transport, du logement.Bref, Sortir du Nucléaire sombre déjà dans le délire. Mais admettons qu’ils puissent avoir une bonne intuition et regardons, correctement, les valeurs absolues. Je suis donc allé sur Eurostat chercher les émissions de GES dues à la production d’électricité de l’Allemagne (en MtCO2)et les productions électriques nucléaires et renouvelables (en TJ). Toutes les données viennent d’Eurostat, histoire d’avoir les mêmes sources [qu’eux]. Et voici les courbes :

Est-ce que vous le voyez le lien entre baisse du nucléaire et baisse des émissions de gaz à effet de serre DUES A LA PRODUCTION D’ÉNERGIE? Non. Et le lien entre cette baisse et la hausse des renouvelables? Non, plus.
Si j’étais taquin, je dirais même que plus le rythme d’installation de renouvelable augmente, moins les émissions de GES diminuent…

Passons à la partie droite de l’infographie. Ici, je tiens à remercier @NicolasMeilhan et son billet, qui m’ont permis de découvrir le document que je vais vous présenter.
Il s’agit d’une figure d’un des rapports de l’Institut Boell, concernant le charbon en Allemagne. Qu’est-ce que l’Institut Boell ? Il s’agit d’une fondation politiques, rattachée à un parti politique allemand, Die Grünen , soit EELV chez nous. Donc une fondation politique écolo.

Voyez la courbe ci après. Elle représente toutes les centrales à charbon et lignite prévues en Allemagne. En bleu et vert, celles dont la construction a été arrêtée, ce qui correspond au nombre de 6 donné par Sortir du Nucléaire, en effet. Par contre, en jaune, orange et rouge, celles dont la construction est prévue, celles en construction, et celles dont l’exploitation a commencée entre 2012 et 2015. Avec notamment la centrale de lignite de Neurath, exploitée depuis 2015 avec une puissance équivalente à la centrale de Fessenheim…

Alors quand @sdnfr dit qu’il n’y a pas eu de nouveaux chantier de centrales à charbon, comment dire, c’est assez contestable. Lien vers le rapport de Boell.

Pour la dernière partie de l’inforgraphie, je ne vais pas trop m’étendre sur le fait que le nucléaire N’A PAS été remplacé par le renouvelable, j’en ai déjà parlé :

Dernier point. Le Réseau SdN dit que l’Allemagne montre la voie. Quand on lit le dernier rapport du GIEC et qu’on compare les émissions des deux mix électriques, on aurait plutôt tendance à dire que l’Allemagne montre une voie sans issue.

Crédit ElectricityMap

#AntinucléairesVSclimat : « Économies d’énergie + renouvelables = nucléaire arrêté + climat protégé ».

Thread initial par @altern_is :

Les passages en italique sont les retranscriptions exactes des propos de l’auteur de ce thread. Les passages en caractères romans sont mes propres ajouts et commentaires, dont je vais minimiser le nombre pour ne pas dénaturer le propos initial.

Un petit rappel, comme toujours (oui, le thread va commencer, c’est bientôt la fin des bandes-annonces).

Alors mes petits amis, nous ici on va s’intéresser à la fiche suivante. 
Vous allez me dire : ‘Oh mais le petit malin, il a déjà traité le sujet !’. Bah ouais. Je vous ai dit que j’avais pas de temps
😎.

Passons outre le chapeau si vous me le permettez et intéressons-nous à la phrase « Le pays le plus nucléarisé au monde peut remplacer le nucléaire sans surcoût ». Alors même si j’invalide cette phrase dans un de mes threads (infra), allons un peu plus loin.

Nos amis de SdN nous disent que c’est l’ADEME qui dit que ‘produire l’électricité de la France en 2050 100% EnR = pas + cher que garder 50% de nuc’ « Dont l’ADEME sous-estime pourtant le coût ». Les saligauds. Allons donc gentiment fouiller dans ledit rapport.

Déjà, en page 5 du rapport, on trouve la phrase suivante :
« nous n’ignorons pas l’enjeu que représente la gestion de la stabilité du réseau, qui n’est pas traité dans l’étude. »
Bon, ça sent pas très bon, mais continuons.

On a beau fouiller le rapport on ne trouve pas explicitement le constat cité par SdN. Mais à la page 14, nous avons une comparaison du coût de l’énergie (€/MWh) pour différents scénarios EnR. Et on voit 100% EnR (réf.), 95% EnR, 80% EnR, 40% EnR… Ah, serait-ce le fameux 50% nucléaire dont parle SdN ? Considérons que c’est le cas.

Ainsi on voit qu’entre le 100% et 40% EnR, le prix est varie de 2€. Donc oui, le rapport dit ceci si l’on considère que le 40% EnR est le 50% nucléaire.

Mais quel est la différence de prix entre le 100% EnR et si on gardait notre parc nucléaire à 75% ? Soyons joueurs et allons plus loin : qu’est-ce qui coûte plus cher entre construire un parc 100% EnR et 100% nucléaire ? C’est ça qui est réellement intéressant !

Pour faire la comparaison, on va utiliser… une règle de 3 ! Ça va me changer de mon quotidien et tout le monde est capable de la faire :-). Pour simplifier, on va faire un 100% nuc’ vs un 100% éolien. 

Certain vont objecter « Oui mais les autres EnR », mais ça ne change pas le fond du calcul.

  • Le nucléaire a un facteur de charge de 80%. L’éolien 20% (Source : Allemagne). Facteur 3-4.
  • La durée de vie d’un réacteur est de 60 ans. L’éolien dure 20 à 30 ans. Facteur 2-3.
  • Le réseau reste inchangé avec un nucléaire à neuf. Pour l’éolien, l’Allemagne nous a montré (et ils étaient pas super fiers) qu’il faut mettre 0,5 à 1 fois le prix d’une éolienne par éolienne dans le réseau. Facteur 1,5-2.
  • Le stockage sur le 100% nucléaire est de l’ordre de 10% de la production. Pour l’éolien, 50-60%. Facteur 2. Sans compter l’expropriation.
  • Je prends un facteur 2 ici car je considère que l’investissement en stockage n’est pas linéaire. Je pense que c’est un peu sous-estimé, mais bon.
  • D’ailleurs pour les petits malins du fond, faire du stockage intersaisonnier sur batterie pour une maison, c’est un investissement égal au prix de la maison.
  • Le nucléaire coûte 3-5k€ le kWh. L’éolien 1,5 k€. Facteur 0,3-0,5.

Au final, on se retrouve avec un facteur 10-20 entre le 100% nucléaire et le 100% éolien et par extension EnR.

Par extension, en prenant l’argumentaire de SdN, passer à 40% EnR coûte toujours 10 à 20 fois plus cher que le 100% nucléaire. Merci SdN de confirmer indirectement que passer à 50% de nucléaire est une ineptie 😍 !

Passons à la suite. D’après l’IAE, « c’est l’efficacité énergétique qui pourra assurer d’ici 2030 50% des réductions des émissions de CO2 ».
Oui, ok, si on produit moins d’énergie carbonée, on pollue moins, ça me paraît logique. Mais je ne vois pas le rapport au nuc’ s’il y en a un.
En fait, le reste de l’affiche parle de la réduction de la consommation d’énergie, en citant Ecofys, sur lequel je n’ai pas grand chose à dire et négaWatt, dont on reparlera du scénario un autre jour promis car il faut voir ce qu’ils appellent « en améliorant notre qualité de vie ».

Au final, que retient-on ? La première phrase est factuellement fausse et justifiée par un argument valide en soi mais qui est hors sujet dans le débat qu’ils veulent mener.
Leur argument se retourne même contre eux : on a vu que passer à 40% d’EnR coûte 10 à 20x plus cher qu’un tout nucléaire en se basant sur l’étude de l’ADEME.
Mais je reste critique sur l’étude de l’ADEME que je soupçonne de ne pas scaler correctement le réseau avec la proportion d’EnR, ce qu’ils avouent en préambule de leur étude et qui est un biais considérable (cf. 0.5 à 1 fois le prix d’une éolienne par éolienne).
Un 40% EnR coûterait donc moins que 10 à 20x plus cher, mais 5 à 10x est déjà trop.
Voilà, c’est tout pour moi, je retourne travailler avant de déclencher un incident diplomatique avec ma boss ! Portez vous bien et surtout lisez les autres threads
😉 !

#AntinucléairesVSclimat : « Face au danger climatique, multiplier les dangers nucléaires ? », 2/2.

Première partie.

Thread initial :

On se remet l’image complète juste là, on s’est déjà payés la première moitié, attaquons la deuxième.

« 300 000 tonnes de combustibles nucléaires usés accumulées dans le monde »

Vrai ? Et bien… Je n’en sais rien.
Je ne sais pas si on parle de tonnage sur la balance, de tonnage en métal lourd, de tonnage avec les conteneurs… Y’a pas grand chose à tirer de ce nombre, en fait. Alors je ne vais pas chercher à savoir s’il est vrai.
Je vais simplement rappeler que ce sont des déchets solides, sagement entreposés sans difficulté particulière en attendant une solution de stockage (ie. définitive) fiable.

Et on va admettre cette masse de 300 000 tonnes et la relativiser un peu :
C’est environ 10% de la masse de dioxyde de carbone rejetée directement dans l’atmosphère en 2017.



Par l’Islande.

60 ans de déchets nucléaires mondiaux, c’est la même masse que 36 jours de CO2 en Islande.

C’est aussi la masse de 5 minutes d’émissions mondiales de CO2 en 2017 (à noter que je ne parle QUE de CO2, et pas de l’ensemble des gaz à effet de serre).
Huit heures d’émissions de CO2 françaises.

300 000 tonnes dans le monde : ce n’est rien.

L’enfouissement, à présent : un fiasco, qu’ils nous disent, en Allemagne et aux USA.

J’ai cru qu’on allait pouvoir écarter très vite le sujet USA, en disant qu’il y’a eu des incidents, sans gravité, et après quelques années d’arrêt du stockage, les activités de celui-ci ont repris.
Mais en faisant des recherches, je me suis rendu compte que nos amis de Sortir du Nucléaire avaientt quand même réussi à dire n’importe quoi en parlant d’incendie.
Le site de WIPP, aux USA, a, en effet, subi un incendie d’un camion de transport de sel (le site étant aménagé dans des cavités creusées dans le sel).
Ceci a eu lieu dans une zone du site dédiée à des expérimentations et des recherches,en l’absence de tout déchet radioactif. Aucune contamination, aucun rejet radioactif donc, juste des fumées normales de camion qui brûle.
Six travailleurs ont été d’ailleurs hospitalisés en raison de l’inhalation de fumées, mais ont pu quitter l’hôpital le lendemain.
Incident mineur, donc.

Et, dix jours plus tard, dans une autre section du WIPP qui, elle, abritait des déchets, il y a eu un accident d’endommagement d’un colis et de relâchement de radioactivité, d’émetteurs alpha, spécifiquement.
Cet événement là, sans aucun lien avec l’incendie, a effectivement valu une faible contamination interne à 21 employés.
En dehors de ces personnes, les doses modélisées de manière pénalisante sont de 100 µSv max sur site, 10 µSv max hors site.
10 µSv, c’est le centième de la dose maximale admissible pour le public en France pour les activités industrielles. Et cette dose maximale est d’un facteur 100 inférieure aux doses que l’on sait représenter un potentiel danger (les marges raisonnables, tout ça).
100 µSv, c’est 5 millièmes de la dose maximale annuelle admissible pour les travailleurs « catégorie A » exposés à la radioactivité en France.

Bref, du point de vue des conséquences hors site, c’est nada, et pour les 21 contaminés, les niveaux de contamination inquiètent peu et ils seront de toute manière très surveillés.

On parle donc là d’un accident assez mesuré finalement – d’ailleurs, s’il a certes fallu 3 ans pour nettoyer la contamination d’une galerie, les activités de stockage ont depuis plus d’un an repris au WIPP.

L’Allemagne et la mine d’Asse, à présent… J’avoue moins connaître le sujet.
Mais Asse illustre tout ce que n’est pas Cigéo :
stabilité géologique déjà compromise à l’aube du projet ;
mine de sel réaffectée plutôt que site prévu et conçu pour le stockage ;
infiltrations d’eau alors que le seul avantage du sel aurait du être la protection contre l’eau ;
déchets entassés sans plus de subtilité, parfois littéralement balancés en vrac.

J’ignore si elle est authentique, mais cette image revient très souvent à propos de la mine d’Asse. Si elle est bonne, ça donne le ton. On la trouve par exemple dans un dossier du journal allemand Der Spiegel consacré à Asse :

Par ailleurs, le stockage y a commencé en 1965, peu avant que nous ne commençions à stocker nos déchets au Centre de Stockage de la Manche, lequel ne pose pas un millième des problèmes d’Asse.
Donc déjà un peu d’avance de la façon de faire « à la française » dans les années 60, qui ne peut que s’être accrue depuis – entre autres grâce au retour d’expérience d’Asse.

Centre de Stockage de la Manche en cours de fermeture

L’Allemagne nous offre, une fois n’est pas coutume concernant le nucléaire, un très bon exemple… De ce qui ne sera plus fait avec les déchets radioactifs.

Quelques rappels sur le concept de Cigéo et ses multi-barrières de confinement :

Et puis, tout simplement, un dernier tacle avant de passer à la suite… Le Réseau Sortir du Nucléaire parle de combustible usé, puis de deux sites de stockage où il n’est pas question de combustible usé (ni brut, ni retraité).

Bon, on ne va pas faire le tour de tout le sujet des déchets, on voit assez bien qu’ils l’ont bâclé, et vous avez mis plus de temps à lire ce que j’en dis qu’eux à l’écrire, à mon avis. Et j’vous parle pas du temps que moi j’viens d’y gâcher.
Reste la dernière partie de l’image. J’débats peu du nucléaire militaire, en général, alors on va aller très vite.

La citation d’Al Gore : bon gros cherry picking, on ne sait pas de quoi il parle, de quand, du contexte, du rapport avec son prix Nobel (argument d’autorité en rab), bref, fallacieux au possible.

Mais puisque ça parle de prolifération, j’ai été jeter un œil au traité de non prolifération. D’une part, sur ses non signataires : Inde, Pakistan, Israël. Et Soudan du Sud, mais… Bon. Pas un gros sujet, le Soudan du Sud et le nucléaire.

Côté Inde, le lien entre nucléaire civil et militaire est assez évident, au vu de leur goût pour les réacteurs à eau lourde, très bon producteurs de plutonium de qualité militaire.
Pakistan, c’est moins vrai, avec essentiellement des REP, mais, il est vrai, un réacteur à eau lourde aussi mis en service en 1971, donc un possible problème d’interférences civil/militaire.
Par contre, Israël, un seul réacteur et purement militaire. Donc trois exemples de problèmes liés à la prolifération, dont un met en tort les affirmations d’Al Gore, quel dommage !

Plus amusant encore, j’ai été jeter un œil au traité de non-prolifération. Sur lequel s’asseoit @sdnfr, puisqu’on y lit à la première page que les signataires approuvent…

« The principle that the benefits of peaceful applications of nuclear technology, including any technological by-products which may be derived by nuclear-weapon States from the developement of nuclear explosive devices should be available for peaceful purposes to all Parties to the Treaty, whether nuclear-weapon or non-nuclaire weapon States »

Pour les non-anglophones : est approuvé le principe que les applications pacifiques du nucléaire, y compris les dérivés du développement des armes, devraient être accessibles à toutes les parties du traité pour des usages pacifiques.

D’où le fait que Sortir du Nucléaire s’assoie sur ce traité.

Pour finir, à propos de l’encadré de gauche :
C’est justement le rôle du nucléaire militaire que de prévenir l’occurrence d’une guerre nucléaire. Je ne vous fait pas l’affront de vous exposer le principe de dissuasion que vous avez du apprendre au collège/lycée, vous.
« Sécheresse, désertification […] », etc., sont de très bonne raison de lutter contre le dérèglement climatique. Donc de recourir, entre autres, au nucléaire.

On termine donc ce thread comme le précédent : avec le Réseau Sortir du Nucléaire qui expose des risques qui conduisent logiquement à pousser un développement accru du nucléaire. Le risque d’un dérèglement climatique majeur.

#AntinucléairesVSclimat : « Face au danger climatique, multiplier les dangers nucléaires ? », 1/2.

Thread initial :

Bon, on va y aller tout doucement, en plusieurs fois, parce que c’est du très, très lourd, très, très dense. Comme du plutonium, et aussi toxique.

L’image est découpée en trois parties, alors je vais me contenter pour le moment de la première, la moitié haute.En plein centre : TCHERNOBYYYYL.

5 millions de personnes en zone contaminée

« En zone contaminée », ça ne veut rien dire. Des traces de retombées parfaitement inoffensives suffisent à parler de zone contaminée :
l’existence d’une contamination n’est pas un indicateur de risque.
Mais, soit, on ne peut nier que la légèreté des mesures de mitigation, et notamment les évacuations tardives et limitées, furent un énorme problème à Tchernobyl.
L’accident aurait été beaucoup moins grave avec une évacuation immédiate des zones à risque.

On a donc un exemple de ce qu’il ne faut pas faire, et donc qu’on ne ferait plus, cf. Fukushima. Un point positif, au final, même si au prix fort.

Par contre, le million de décès, c’est une énorme approximation. Et j’hésite à parler d’entubage. 
Le dénombrement des victimes de #Tchernobyl fait l’objet d’énormes débats, les chiffres sont très nombreux et assez disparates.

Un peu comme les modèles climatiques, par exemple, et c’est la raison pour laquelle, côté climat, la référence prise est souvent le GIEC, qui compile la littérature scientifique mondiale pour en tirer des tendances d’ensemble.
C’est également le même travail que produit l’UNSCEAR (United Nations Scientific Commitee on the Effects of Atomic Radiation), rattaché aux Nations Unies, sur l’étude des effets des expositions aux rayonnements ionisants.

Quelques chiffres issus de leur travail concernant Tchernobyl :
134 expositions à de fortes doses, conduisant à plusieurs dizaines de décès prématurés dans les premiers mois ou les années suivantes ;
530 000 personnes surveillées car ayant reçu des niveaux de radiation à risque stochastique (pas d’effets directs mais risque de contracter un cancer plus ou moins accru) ;
Près de 6 000 cas excédentaires de cancer de la thyroïde chez des enfants, nombre susceptible d’augmenter avec les années (évidemment de moins en moins). Cancer heureusement rarement mortel.

Personnellement, j’ai coutume de retenir, pour faire très simple et enveloppe de tout ça, « moins de 10 000 victimes », où victime n’est pas synonyme de « décès ». Ça permet de préserver l’ordre de grandeur de la gravité, sans minimiser l’événement, sans céder au drame démesuré.

Le million, alors, d’où vient-il ?

Ah, le soin porté aux choix de ses sources… Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait la Peur !

La source, ici, est une traduction d’un livre publié par trois sommités (sans ironie) scientifiques d’ex-URSS.
La traduction a été publiée par l’Académie des Sciences de New-York, mais pas en tant qu’étude revue par les pairs, nous explique la page Wikipédia dédiée au livre
Il s’agit donc bien d’un livre indépendant, pas d’une étude scientifique au sens habituel du terme.
Néanmoins, cinq revues de ce travail ont été effectuées depuis.

Si l’une salue le travail réalisé et appelle à une meilleure prise en compte des travaux des scientifiques de l’Est dans les études de l’Ouest, les quatre autres sont unanimes. Des méthodes aux conclusions, beaucoup de choses sont à revoir (en fait, elles ne sont pas si unanimes : elles ne sont pas tout à fait d’accord sur ce qui est le pire dans le travail réalisé ^^ »).

Si l’on est libre de mentionner cette source parmi d’autres, car tout n’est visiblement pas à jeter dedans et loin de là, en faire la seule référence parce qu’elle offre le plus grand nombre de morts possible est donc indiscutablement malhonnête.
C’est un peu comme se baser sur un livre d’Allègre pour causer climat, en contredisant tout en le négligeant le GIEC. Ça serait mal vu.

Au final, ce qu’expose le Réseau Sortir du Nucléaire est vraisemblablement plus loin de la vérité que d’affirmer, on le voit parfois, qu’il n’y aurait que 50 morts (le nombre de morts sur le coup).

On vient de faire le tour d’un élément de la première moitié d’une des images de l’infographie. Et c’est déjà long. Pfiou !
Mais continuons.

« Aucune autre source d’électricité, aucune autre technologie ne peut entraîner de telles conséquences qu’elles peuvent mettre en difficulté l’économie d’un pays entier »

Là, ça va aller très vite, car je pense qu’il n’y aura personne à convaincre : n’importe laquelle des énergies fossiles est susceptible de mettre en difficulté l’économie d’un pays entier dès lors que la ressource manque.
Que ce soit hier ou aujourd’hui, par des problèmes d’approvisionnement pour des raisons politiques ou économiques, ou, demain, pour des raisons de rareté de la ressource : que le gaz, le charbon ou le pétrole vienne à manquer, et l’économie prend très vite, très cher.
On pourrait aussi signaler qu’au-delà du seul aspect économique, les centaines de milliers de morts annuels du charbon dans le monde ont des conséquences terribles.

À ce sujet, une petite digression, ou j’essaye de mettre des ordres de grandeur sur les victimes de la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daiichi. Et surtout, sur le nombre de victimes du charbon qui est venu en remplacement d’une partie du parc nucléaire nippon.

Ce thread a ses défauts, mais il remet un peu de perspective néanmoins : même à choisir entre du nucléaire et un accident, ou pas de nucléaire et davantage de fossiles, le choix n’est pas aussi évident qu’il en a l’air.
D’ailleurs, deux pays très engagés dans l’accroissement de la part du nucléaire dans le mix électrique sont… le Japon, qui veut vite redémarrer son parc, et l’Ukraine, qui souffre de sa dépendance au gaz russe.

Revenons à nos antinucléaires français.

Je pourrais parler des conséquences sur l’économie et bien d’autres choses du dérèglement climatique, vraisemblablement bien pire qu’un accident nucléaire pour de nombreux pays, mais… Je me garde ça pour plus tard.

Du coup, on passe à la suite :

« 6 millions de français à moins de 30 km d’une centrale »

Est-ce vrai ?
Pour commencer, j’aimerais souligner la beauté de la source : « Nature, 2011 ». Va retrouver quoi que ce soit à partir de ça.
Mais j’ai fait mes recherches, et j’ai trouvé des sources qui valident à peu près ce nombre. J’ai trouvé 7 millions, mais en comptant les voisins outre-frontières, donc on doit à peu près s’y retrouver.

Est-ce pertinent ?
Et bien… Pas vraiment. Tout au plus peut-on en déduire que 6 millions de personnes sont concernées par « le risque nucléaire » (en omettant les autres installations nucléaires : usines du cycle, recherche, entreposage ou stockage de déchets, militaire…).
Mais un accident toucherait sa population avoisinante, et non pas 6 millions de français. La centrale affichant la plus forte densité de population dans son voisinage (30 km) est la centrale du Bugey, avec 1,3 millions de français et étrangers aux alentours.
Ensuite, la pertinence du critère de 30 km est discutable : en France, les Plans Particulier d’Intervention sont dimensionnés à 10 km, en transition vers 20 km, et ce n’est pas sans raison.
30 km correspond à la distance maximale à laquelle des évacuations ont eu lieu à Fukushima, ce qui ne veut pas dire que tout le monde dans un rayon de 30 km a été évacué.
Il faut donc y voir une « limite haute » du nombre de personnes concernées. D’autant plus « limite » qu’à Fukushima, les rejets de radioéléments n’ont pas pu être filtrés avant envoi dans l’atmosphère, alors qu’ils le seraient en France, les installations étant équipées pour.

Est-ce une exclusivité nucléaire ?
De l’ordre de 1,3 million de français exposées à un accident industriel ?
Le barrage de Vouglans, très en vogue chez les antinucléaires en ce moment est susceptible de noyer une bonne partie de l’agglomération de Lyon, et donc concerne une large partie des 2,3 millions d’habitants de l’air urbaine lyonnaise.
Par ailleurs, diverses Installations Classées pour la Protection de l’Environnement, et sites Seveso, sont également susceptibles, en cas d’accident, de libérer de larges quantités de produits toxiques et d’exposer la population à des substances plus ou moins nuisibles (pensez donc à Bhopal…) selon un mode de propagation semblable à celui d’un accident nucléaire.
Concernant Vouglans et les risques nucléaires et chimiques de la vallée du Rhône, je vous recommande cet excellent thread :

« Coût de l’accident : 760 milliards d’euros selon l’IRSN »

Ce chiffre provient d’une étude de l’IRSN de 2007, portant sur « le plus extrême des accidents majeurs ».
Connaissant un peu l’IRSN, en lisant ça, j’imagine une fusion totale inexpliquée du cœur et rupture de l’enceinte de confinement permettant des rejets énormes, non filtrés, et précoces (-> peu de décroissance avant rejet).

Cette étude a été refaite en 2014, cette fois en supposant un « accident majeur représentatif ». C’est-à-dire qu’on n’étudie plus le pire physiquement atteignable, mais le pire éventuellement envisageable.
On descend à 430 milliards d’euros de conséquences économiques pour l’accident majeur (par opposition à « grave ») considéré par l’IRSN.
La nuance est donnée très clairement :

« Par convention de langage, l’accident dit « grave » comporte des rejets radioactifs importants, mais différés et partiellement filtrés, alors que l’accident dit « majeur » provoque des rejets massifs non filtrés. »

IRSN

Donc oui, si ce n’était pas clair : le Réseau Sortir du Nucléaire a préféré remonter à une étude de 2007, parce que celle de 2014, jugée plus représentative par ses auteurs, était jugée insatisfaisante par nos antinucs. Pas mal, hein ?

Bon, puisque j’y suis… L’IRSN expose le détail de ce nombre de 430.

En gros, 60 milliards d’euros d’impact radiologique, 110 milliards pour la perte de territoires contaminés, 90 milliards d’impact sur le parc nucléaire.

Et puis 170 milliards (40% du total !) de « coûts d’image » !
Les coûts d’image intègrent des pertes économiques diverses : non-vente de denrées ou biens de consommation pourtant sains, suite à un boycott, effets sur le tourisme, sur les exportations…
À mes yeux, ce sont des coûts qui sont imputables à la désinformation pratiquée par les vendeurs de peur. Je balance juste ça comme ça.

Maintenant, une nuance apportée par l’IRSN : « ces évaluations très élevées du coût d’un accident nucléaire sont à mettre en regard de probabilités très faibles d’occurrence de tels évènements ».
C’est le principe de l’évaluation des risques : plus les conséquences d’un événement sont graves, plus sa probabilité d’occurrence doit être réduite.

Et là, on parle d’un accident MAJEUR.
L’accident majeur à 430 milliards, tout est mis en œuvre pour qu’il soit proche d’être exclu. Établir un scénario qui aboutirait à un tel événement me semble bien requérir d’imposer un « ta gueule c’est magique » à quelques reprises.

Bref : Sortir du Nucléaire ne cherche évidemment pas à informer, une fois de plus, ni expliquer, ni sensibiliser : faire peur, et c’est tout.

Et pourtant… Ironiquement…
N’est-ce pas finalement un peu rassurant de voir que même pour eux, ce qui fait peur en cas d’accident nucléaire ultime, c’est l’impact économique ?

Bon. Dernière ligne droite : Fukushima-Daiichi.

Bonne nouvelle, les chiffres sont corrects ! À noter que 160 000, c’est le nombre d’évacués sur le coup, la moitié environ est rentrée depuis. Mais c’est quand même un bon nombre.

Et si des catastrophes non-nucléaires (climatiques, par exemple) ont déjà provoqué des évacuations pires que cela, ce ne sont jamais des évacuations durables, alors que là, indeed

Qui plus est, le nombre de personnes déplacées est indéniablement un indicateur pertinent, car les évacuations liées à l’accident de Fukushima-Daiichi sont la principale conséquence de l’accident sur les populations, en l’absence de conséquence sanitaire significative.

Par contre, la superficie contaminée n’est par pertinente, car la présence d’une contamination n’est pas un indicateur de risque : techniquement, le monde entier est contaminé par les retombées des essais nucléaires atmosphériques (on reboucle sur le début de cet article, là).
Plus simplement, les substances radioactives sont omniprésentes dans l’environnement du fait de la simple radioactivité naturelle (tellurique, cosmique…).
En pratique, dans l’étude de l’IRSN qu’on évoquait juste avant, les évacuations sont considérées à partir de 500 kBq/m² de contamination en Césium 137. 
Alors que les « 8% », c’est la superficie contaminée… À 10 kBq/m² ou plus !

Ce qui serait plus pertinent pour évaluer le risque serait la nécessité d’évacuer ou non – on en revient à l’autre nombre indiqué, seul ici ayant un intérêt. 

Enfin, le meilleur : 160 000 déplacés, est-ce inédit ?
Dans l’absolu : non. Suffit de penser aux guerres. 
Et en dehors de ça, sur des évacuations de courtes durées, ce n’est pas inédit non plus. Par exemple les évacuations avant un ouragan aux USA.
Autre exemple, lié au secteur de l’électricité cette fois : début 2017, 188 000 personnes avaient été évacuées quelques jours en Californie en raison d’un risque de débordement d’un barrage et d’inondation.

Cependant, une évacuation de plusieurs années d’une telle ampleur est probablement unique à ce jour.

Mais… Y’a un mais. Et on va finir en parlant climat, comme promis plus haut. 

Et ça devient amusant. Humour noir, par contre.
Le rapport SR15 du GIEC (celui publié fin 2018 sur le maintien sous 1,5 °C du réchauffement planétaire) mentionne qu’un réchauffement climatique global de 1,5 °C au lieu de 2 °C peut réduire de 10 millions le nombre de personnes exposées au problème de montée des eaux.

DIX FUCKING MILLIONS. 

Juste pour la montée des eaux, j’vous parle pas de désertification, de crises alimentaires, de pénuries d’eau !
Et comment l’obtenir, cette limitation à 1,5 °C ? Entre autres, elle requiert un recours accru… au nucléaire.
Lourdement accru.
Pas QUE à ça, évidemment. Mais à ça quand même.

Les risques nucléaires soulignés par les écologistes vous inquiètent ? Alors soyez rationnels, et… 

…Soutenez le développement nucléaire. Car les risques, quand ils ne sont pas déformés avec malhonnêteté, restent modestes devant le dérèglement climatique.
On est face à un risque MAJEUR, à la probabilité d’occurrence proche de 100%, global, multi-générationnel.
Faire la fine bouche pour des risques à la probabilité d’occurrence quasiment nulle, locaux, limités dans le temps

No way. Vous ne l’assumerez pas devant vos petits enfants.
Enterrez les « Sortir du Nucléaire », et tous les discours antinucs des membres de ce réseau. Laissez couler les écologistes politiques de l’ancien temps.

Forcez les Greenpeace, Réseau Action Climat, Fondation Nicolas Hulot, France Nature Environnement, France Insoumise, à abandonner leurs dogmes pour penser à l’urgence climatique. 

S’ils n’en sont capables, lâchez les aussi.

Si vous marchez pour le climat, marchez. Et laissez derrière les cadavres de ces politiques de l’ancien monde.

.

#AntinucléairesVSclimat : « Nucléaire : inadapté à un climat dégradé »

Thread initial par @Spades_libre :

Bon, on va commencer par le premier point. 

En cas de canicule, on module en effet la puissance des réacteurs. 
Pas pour des raisons de sûreté, mais pour respecter l’arrêté de rejet.
En gros, on a un circuit d’eau qui pompe depuis la source d’eau, on refroidit notre matériel avec, et on la rejette. 
N’ayant pas le droit de chauffer l’eau au delà d’une certaine valeur, si le débit du fleuve diminue on peut être amené a baisser la puissance.

Je vous cite : « cela conduit EDF a importer de l’électricité a prix d’or »

J’avais un peu de temps à perdre, j’ai été vérifier… Direction le site de RTE. Section sur les imports/exports. On peut choisir des dates, je pars de début juillet à fin août et j’obtiens ceci :

« Chef, le monsieur il dit que sur la période estivale on est exportateurs
– Ouais ben… Faut aller regarder les journées les plus chaudes »

Bon. Alors on va taper les journées les plus chaudes de l’été. Tiens, d’après météo France, y a eu une pointe de chaleur le 26 juillet. 

On refait un tour sur la moulinette de RTE…

Fun Fact: même sur les épisodes les plus chauds, la France exporte de l’électricité nucléaire vers son voisin allemand, la star européenne de l’éolien 😱
On a une belle marge… En été, la consommation électrique française est autour de 50 GW et pas loin du double en hiver. 
Même en baissant la puissance de quelques réacteurs en bord de fleuve en été on est loin de la déroute… (C’est aussi pour ça qu’on y programme des arrêts)

Bon… 
J’arrive sur le point suivant. Le nucléaire « consomme » beaucoup d’eau.
Pardon, j’ai omis d’être alarmiste. 
« Nom de dieu de bordel de merde! Vous vous rendez compte? Le nucléaire consomme de l’eau! On va tous mourir! »

Alors… 
1) Un réacteur nucléaire consomme en effet quelques m3 d’eau par seconde. Et il en rejette exactement la même quantité. On pompe, on refroidit nos matériels, et on rejette.
C’est ce que vous voyez en haut du gros machin gris ici.

2) Allez j’ose… 
La planète dont on se préoccupe, on la surnomme habituellement « planète bleue ». Vous savez pourquoi? 
Parce que de l’eau, on en a PLEIN.
Mais quel mauvais argument que de dire que le nucléaire c’est mal parce que ça consomme de l’eau.. 
On peut reprocher plein de choses à la filière nucléaire (déchets ou autre) mais la consommation d’eau?? C’est tellement pas significatif par rapport au cycle de l’eau mondial..

Je refais un saut eclair sur le point 1… 
Vous dites que 10 réacteurs ont été arrêtés a cause de la canicule.
Les journaux en comptent 4, vous auriez pas ajouté quelques arrêts déjà programmés pour grossir le chiffre ? 

Point suivant. 
« Les réacteurs auront soif »

(Bon les gars, je sais pas qui vous a dégotté vos titres mais ça va pas du tout là.)
Déjà, notons que sur votre dessin, aucun réacteur ne se situe sur une zone rouge, débit d’étiage diminué de moitié.. 

Mais comme on va le voir, vu les ordres de grandeur dont on parle, ça ne serait même pas gênant.

Une centrale, du point de vue sûreté, a besoin de peu de débit. 
Elle utilise des pompes (circuit SEC), débit de l’ordre de 2000 m3 par heure, soit moins d’un par seconde. 

Il y a quatre pompes par tranche (une seule suffit a faire le boulot).
Pour un site 4 tranches, le débit nécessaire est donc de l’ordre de quelques m3 par seconde.
Le débit actuel du Rhône pour prendre un exemple est de plus de 1000 m3 par seconde. 
Le débit d’étiage (débit le plus bas) est de plusieurs dizaines de m3 par seconde. 
–> on a de la marge avant de « crever de soif »

Je précise que je parle ici de débit nécessaire a la sûreté. Quand on en est là, on n’est plus en puissance, ce qui de toute façon ne serait pas problématique, cf plus haut.

Passons à la suite:

Cette fois, le problème serait qu’on a trop d’eau (décidément…). 

Si on émet trop de carbone, le niveau des océans monte, et on connaît la suite…  Quelle meilleure réponse à faire là-dessus que rappeler que selon le dernier rapport du GIEC
[SR15, le rapport spécial dédié aux moyens de tenir le dérèglement climatique sous 1,5 °C d’ici la 2100 paru dernier trimestre 2018], si on ne veut pas produire de carbone les scénarios proposés envisagent entre +50% et +500% de nucléaire.
Dites, , vous avez une remarque a ce sujet ?

En image, c’est mieux :

Je finis rapidement sur l’incident du Blayais, l’innondation de 1999. 
Incident classé au niveau… 2 de l’échelle INES (sur 7).

Et sur lequel un gros retour d’expérience a été entrepris au niveau du parc, ce qui est parfaitement normal.

#fin

Je me permets d’apporter quelques compléments.
Notamment quelques articles de la SFEN :

Ainsi que, davantage en guise d’anecdote, ce tout récent article sur le froid polaire frappant les USA, entraînant des menaces sur l’approvisionnement électrique en raison des pénuries de charbon ou gaz dans les centrales électriques… Que les centrales nucléaires regardent en souriant.