Déchets #5 Les alternatives au stockage géologique

Introduction

Pour commencer, le périmètre : on va parler de déchets de moyenne et haute activité à vie longue. Dans beaucoup de pays, c’est le combustible nucléaire usé, directement : tel que sorti du réacteur, après refroidissement et emballage.

En France et dans les pays qui pratiquent le retraitement, ce sont notamment les produits de fission et actinides vitrifiés, et les structures métalliques du combustible, compactées.

Ce sont des déchets extrêmement radioactifs. Par exemple, dans un seul colis de déchets vitrifiés se produisent en moyenne un peu plus de seize millions de milliards de désintégrations par seconde, au moment où le verre est coulé (16 000 TBq βγ + 230 TBq α).
À côté d’un de ces colis non protégés, une dose de radioactivité mortelle (10 Gy) est atteinte en quelques secondes. Et la France en produit dans les 150 m3 par an, rien que pour les vitrifiés, et près de 200 m3/an pour les métaux compactés.

Vous l’aurez compris, le danger est grand, et donc la sûreté doit être extrêmement poussée pour que les risques demeurent minimes. Heureusement, quelques décimètres de blindage règlent les risques d’exposition externe à un instant donné.

Fin 2017, en France, le stock de déchets de haute activité (HA) était de 3740 m3 et pour les moyenne activité à vie longue (MAVL), 42800 m3. Respectivement 0,2% et 2,6% du volume total.
Selon les scénarios, on pourrait avoir jusqu’à 12 000 m3 de HA et 72 000 m3 de MAVL à gérer (on voit qu’on a déjà produit un tiers pour les uns et deux tiers pour les autres).

Vous le savez, la radioactivité décroît avec le temps. Et décroît pas si lentement, même dans ces cas là, puisqu’en quelques siècles, on revient à des niveaux de dose à proximité assez raisonnables.
Par contre, certains radioéléments, notamment ceux que l’on appelle actinides, vont taper sur des échelles de temps bien supérieures. Peu irradiants, ils sont par contre ultra nocifs si incorporés (=inhalés ou ingérés). Ce sont eux (et certains produits de fission à vie longue) qui, sur le long terme, font la radiotoxicité des déchets de haute activité. Cette radiotoxicité met de l’ordre de 100 000 ans à redescendre à un niveau comparable au minerai d’uranium naturel.

Donc la solution privilégiée en France pour la maîtrise des risques à une telle échéance, c’est de confiner les déchets dans des enveloppes qui sont capables d’assurer de telles durées.

On considère exclu que toute infrastructure humaine puisse défier le temps à ce point, et également que notre civilisation sera là pour entretenir lesdites structures sur une telle durée.
Ainsi, c’est la géologie, pour laquelle mille siècles sont un battement de cil (en zone stable, hein), qui a été choisie pour assurer ce confinement. C’est le stockage géologique, assez consensuel dans le monde entier.
Et en France, ça se traduit par le projet Cigéo, dans la commune de Bure, à la limite entre la Meuse et la Haute-Marne, qui est prévu pour assurer le stockage géologique des déchets de moyenne et haute activité à vie longue.

(Qui est prévu ! À ce jour, il n’y a qu’un laboratoire souterrain qui s’y trouve, pas encore de déchets !)

Bon, et vous n’êtes pas sans savoir que les anti-nucléaires, verts, altermondialistes, la gauche, une partie de la droite, bref, y’a du peuple qui est très opposé à ce projet.

Mais quelles sont les alternatives ? Quelles sont celles qui ont été envisagées en France ? Pour cette question :

Et dans le reste du monde ? C’est le sujet de cette série de d’articles ! Nous allons parler d’entreposage en surface et subsurface, de transmutation et de lasers, d’immersions, de calottes glaciaires, d’espace, et de forages profonds.

On a la glace, l’espace et les lasers sur une image, c’est donc 100% approprié.

Et non, on ne parlera pas d’arrêter le nucléaire comme une solution. Parce que, comme le dit l’IRSN :

L’arrêt de la production de déchets radioactifs, parfois cité au rang des alternatives, n’est pas non plus couvert par le panorama proposé dans la mesure où il ne constitue pas, à proprement parler, une alternative au stockage géologique pour les déchets déjà produits.

Et, rappelez-vous ce que l’a dit à peine plus haut : un tiers des HA et deux tiers des MAVL sont déjà produits. C’est dommage, on vient déjà de plomber la principale alternative promue par les antinucléaires 😉

L’entreposage en surface ou en subsurface

La séparation-transmutation, y compris grâce aux lasers

L’immersion en zone de subduction

L’immersion et l’enfouissement dans les sédiments

Le stockage dans les glaces polaires
&
L’envoi dans l’espace

Le stockage en forages

Too long, did’nt read (TL;DR)

  • Arrêter de produire des déchets ainsi que l’entreposage en (sub)surface ne sont pas retenus car, par essence, ils ne sont pas des alternatives au stockage géologique.
  • De même pour la séparation-transmutation, qui est au mieux un complément, pas une alternative.
  • L’immersion et le stockage dans les glaces polaires ont des limites techniques sérieuses et, surtout, des verrous politiques et éthiques.
  • L’envoi dans le spatial est une catastrophe en termes de sûreté et de coût.
  • Le stockage en forage a un potentiel très intéressant pour certains déchets, plus discutable pour d’autres mais sans problème majeur.

Conclusion

Je vais allègrement prêcher pour ma « paroisse » mais soyons francs : si le stockage géologique a été retenu en France et plus ou moins dans tous les pays ayant étudié la question, c’est pas sans raison.

Et c’est vraiment du gros foutage de gueule quand on nous sort que « ce choix a été imposé sans qu’aucune alternative n’ait été étudiée ».
Non mais sans rire… Depuis les années 50, on étudie – voire expérimente – des alternatives.

À l’avenir, quand on me sortira « pas de stockage géologique » ou « aucune alternative étudiée », je partagerai cet article de synthèse. Je vous invite à faire de même… Et à conclure d’un mesquin « alors ? Quelle est ta préférence dans ce panorama exhaustif ? »

Cela ne provoquera pas de miracle, hein… 9 chances sur 10 que votre interlocuteur change de sujet. Mais si on peut verrouiller quelques éléments de langage dont ils abusent, je pense qu’on ne devrait pas s’en priver :3

Publicités

5 réflexions sur « Déchets #5 Les alternatives au stockage géologique »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s